Un brasier s'élève dans la cour des Invalides: on brûle 1 417 drapeaux, pris à l'ennemi depuis vingt ans, pour ne pas les rendre à ces coalisés de toute l'Europe qui s'apprêtent à envahir Paris. Ce 31 mars 1814 est un jour de désastre pour la France, mais comme la mémoire nationale ne peut s'engorger de trop de défaites, elle a effacé celle-ci, écrasée entre la retraite de Russie et Waterloo. Pourtant, le formidable épisode militaire qui se déroule cet hiver-là est une première "bataille de la Marne", confuse et sanglante. Pendant trois mois, des troupes s'entremêlent de Soissons à Troyes, de Meaux à Reims. Face à des forces bien supérieures, Napoléon montre ici, sans nul doute, la plus grande subtilité de son génie, profitant de chaque erreur de l'adversaire pour lui infliger des pertes cruelles. Las, jamais il ne trouve la vraie faille dans les armées de Blücher et de Schwarzenberg pour les écraser et sauver la patrie, malgré le courage des Marie-Louise, ces quasi-enfants soldats, et le soutien des "blouses bleues", paysans insurgés contre les cosaques et les Prussiens. Et le jeune tsar Alexandre finit par défiler sur les Champs-Elysées, moins de deux ans après avoir fui Moscou investi par la Grande Armée...
Signé par le maire (UDI) de Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, où brilla l'une des dernières victoires de l'Empereur, ce récit heure par heure de la campagne de France est enlevé, détaillé et passionnant. Il faut lire l'ouvrage d'Yves Jégo une carte en main, comme Napoléon manoeuvrant sur le champ de bataille, pour dénouer les entrelacs de cette guerre et suivre le Corse jusqu'à Fontainebleau et à l'épisode mythique des adieux? qui ne seront qu'un au revoir. 1814, ce sont cent jours -déjà- où le destin d'un homme et d'un Empire chancelle sur des chemins enneigés, jusqu'à une glorieuse défaite.
