L'auteur
Est-il encore besoin de présenter J.K. Rowling? Les sept tomes de sa célèbre saga, Harry Potter, se sont vendus à plus de 450 millions d'exemplaires à travers le monde. Publiés entre 1997 et 2007, adaptés au cinéma dès 2001, ils narrent les aventures d'un jeune sorcier menacé par un mage noir sanguinaire et assoiffé de pouvoir, Lord Voldemort. Plusieurs ouvrages liés à l'univers d'Harry Potter (Le Quidditch à travers les âges, Les Animaux fantastiques, Les Contes de Beedle le barde) viennent compléter la saga. J.K. Rowling a été décorée en 2000 de l'Ordre de l'Empire Britannique pour services rendus à la littérature jeunesse et a remporté, en 2010, le Prix Hans Christian Andersen - surnommé "le petit Nobel" - en hommage à sa "contribution durable à la littérature pour enfants". Elle est aujourd'hui à la tête d'une fortune estimée à 703 millions d'euros, qu'elle reverse en partie à des associations pour lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales.
Le livre
Dans une bourgade paisible du sud de l'Angleterre, le conseiller municipal Barry Fairbrother, très engagé auprès des jeunes déshérités de la cité HLM voisine, est retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses. Libérés de ce fardeau, ses adversaires politiques multiplient les manigances pour réduire à néant ses projets sociaux, tels que la construction d'une clinique destinée aux adolescents cocaïnomanes. "Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancoeurs, de haines et de mensonges, jusqu'alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour", nous prévient l'éditeur. Selon J.K. Rowling, il y aurait "une ligne directrice dans ce roman": "La mortalité et la moralité: deux choses qui m'obsèdent. [...] Au départ, j'avais choisi comme titre 'Responsable'. A quel point sommes-nous responsables de notre propre bonheur? Mais aussi de la misère des autres, des pauvres, des nécessiteux?" Une question à laquelle l'auteure tente de répondre en seulement... 700 pages.
Extraits des pages 98-99
Notre lecture
Une place à prendre met en scène deux univers que tout oppose: le village de Pagford, aux parterres fleuris et aux charmantes ruelles pavées, et le quartier défavorisé de Fields, une zone de logements sociaux sinistres. Nous tombons sur une scène représentative de la misère qui règne dans cette cité HLM. Kay, que l'on devine assistante sociale, rend visite à une femme prénommée Terri, mère d'un enfant de trois ans et demi. L'auteure n'y va pas de main morte lorsqu'il s'agit de dépeindre le dénuement des classes populaires: l'appartement que découvre Kay est insalubre, "jonché d'immondices", une odeur "de nourriture avariée, de sueur et de crasse" plane dans l'air, les meubles sont "défoncés" et recouverts de mégots de cigarette. Le petit Robbie, dont la couche est "près d'exploser", tente tant bien que mal d'attirer l'attention de sa mère en marmonnant et pleurant. Pour un peu, on s'attendrait à le voir dormir dans un placard sous l'escalier comme le précédent héros de J.K. Rowling. Cette dernière est plus convaincante quand elle s'attarde sur des détails du quotidien, tels que le "bruit de moteur" que produit Robbie ou la figurine en plastique qui "rebondit à l'intérieur" du paquet de céréales.
Verdict
Une chose est sûre: J.K. Rowling est fermement décidée à clore le chapitre "Harry Potter". Adieu balais volants, formules magiques, chapeau de sorcier et combat contre les mages noirs. L'écrivain s'attaque, dans son premier roman pour adultes, à un mal bien plus pernicieux que Lord Voldemort: les inégalités sociales, l'indigence, les fractures qui existent au sein de la société britannique. Malheureusement, la page 99 d'Une place à prendre grouille de stéréotypes qui nous empêchent d'éprouver la moindre émotion face à la misère ambiante. Contrairement à Kay, nous ne pénétrons pas dans cet appartement... Nous restons sur le seuil.
