Parce qu'il a été ingénieur dans l'aérospatiale, Stewart O'Nan a les ailes solides, même si ses romans appartiennent à l'ère du crash. Dès son premier tour de piste, on s'est aperçu qu'il était un magistral chroniqueur de son époque : il en fouille les décombres avec une dextérité de rapace, en donnant la parole à des êtres accablés par trop de combats perdus. Qu'il mette en scène des traîne-savates aux âmes rouillées comme des épaves de bagnoles (Des anges dans la neige), une môme délabrée qui fonce et se défonce à travers l'Amérique avant d'atterrir en prison (Speed Queen), un vétéran qui s'escrime à oublier les horreurs de la guerre de Sécession (Un mal qui répand la terreur), un rescapé du Vietnam salement bousillé (Le nom des morts), ou une famille qui tourne la page de son passé après la mort du père (Nos plus beaux souvenirs), O'Nan - né à Pittsburgh en 1961 - ne cesse de tendre la main à ceux qui souffrent. Et si ses romans sont des bombes à retardement, c'est parce que son époque est une poudrière.