Comme toutes les vérités qui dérangent, celle que colportait Ratonnades à Paris de Paulette Péju sur la répression de la manifestation du FLN, le 17 octobre 1961, avait été sanctionnée et le fait du prince s'était abattu sur le livre. François Maspero, son éditeur, n'en était pas à ses premiers démêlés avec le pouvoir gaulliste. Quelques centaines d'exemplaires avaient pu toutefois être mis en circulation et l'opinion publique avait pu être alertée sur l'ampleur des débordements policiers que les autorités, le préfet Papon en tête, s'acharnaient à nier.

Le nombre de morts, au cours de cette nuit d'infamie, reste controversé même s'il fut très supérieur à celui, ridiculement bas, que le pouvoir avait concédé du bout des lèvres. Il y a dix ans, dans La bataille de Paris, Jean-Luc Einaudi avait fait justice du déroulement des événements. Avec la réimpression de ce témoignage à multiples voix, qui se présente comme une revue de presse reconstituée à partir des reportages des quotidiens, c'est, quarante ans après, cette odeur de sang et de folie meurtrière qui vous revient en pleine figure.

Quelques mois plus tôt, Paulette Péju avait publié Les harkis à Paris, également retirés de la vente, sur l'insertion de policiers arabes dans les forces de répression. Les combattants ou sympathisants du nationalisme algérien, arrêtés à Paris, interrogés dans de sinistres caves, avaient eu à souffrir des méthodes musclées de ces individus d'autant plus violents qu'ils se savaient condamnés par le FLN. Un autre drame apparaît en filigrane dans ces pages, celui des harkis incorporés dans l'armée française et, l'indépendance algérienne acquise, bientôt abandonnés à leur sort par leurs supérieurs.