Alors qu'il achève le second tome de ses Mémoires, La Traversée du livre (Viviane Hamy), Jean-Jacques Pauvert (85 ans), l'un des éditeurs les plus pugnaces en des temps où la censure s'exerçait sur Sade, Bataille, Histoire d'O..., s'offre une récréation avec Métamorphose du sentiment érotique, version digest de l'imposante Anthologie historique des lectures érotiques. De Gilgamesh à l'an 2000, en cinq tomes et 3 500 pages. Ce voyage dans le temps réserve quelques délices. Comme cette phrase, jugée scandaleuse en 1907, tirée de l'essai du jeune Léon Blum, Du mariage : "Je la conduisis docilement à la maison qu'elle me désignait, et, en fort peu de temps, par un petit nombre de transitions dont la facilité et la rapidité me confondirent, nous nous trouvâmes en l'état où je n'aurais voulu parvenir, tel que j'étais, qu'après des semaines de tendresse et d'attente." Pauvert redoute que ces temps charmants où la litote était reine ne soient pervertis par la société de la distraction, fondée sur l'argent et à la merci du crime organisé. A moins, veut-il croire, que l'amour, l'amour éternel, ne soit finalement insubmersible.