Le cadavre congelé commence à devenir énervant. Pour ne pas dire commun, voire sans intérêt. Celui pris dans les glaces scandinaves, en tout cas, qui s'empile au kilomètre aujourd'hui dans une littérature du Nord qui rime de plus en plus avec rature. Alors que le corps de l'avocat Bruno Canizales, qui vient de se faire truffer d'une balle d'argent, paraît, lui, des plus intéressants. Et de pays chaud. Le Mexique, en l'occurrence, où sévit Elmer Mendoza, dont la Série noire publie pour la première fois un roman.
Un sombre héros dans le marigot
C'est l'inspecteur Edgar Mendieta qui va s'occuper du mort. Et de tous ceux qui tombent comme des mouches dans le marigot où croupissent trafiquants de drogue, politiciens véreux et belles plantes, blondes ou pas. Une enquête évidemment tordue que s'emploie à décrire Mendoza dans un style retenu, à mille lieues des contorsions chantournées souvent habituelles chez les écrivains de là-bas.
Un style retenu mais pas effacé. C'est d'ailleurs ce qui accroche l'attention chez ce novice sérinoirien ; une façon d'aplanir les effets, d'enchaîner les dialogues dans un même courant de paragraphe, de mêler description et conversation sans jamais hausser le ton. Il faut sans doute un peu d'attention de lecture. Etre bousculé et dérangé se mérite. Mais la récompense est au bout des pages. On glisse dans ce roman comme dans un bain glacé après une bonne rase de tequila - à préférer à l'aquavit. On s'y perd et on se rattrape aux manches de cet inspecteur hanté par les fantômes de son passé et qui continue sa route avec la foi de celui qui sait dire non à la corruption car il n'a rien à perdre. Il n'y a que des sombres héros chez les Mexicains. Et ce n'est certainement pas une balle d'argent qui va arrêter Mendieta. Quoique.