Harcourt Paris. Le mythe

par Dominique Besnehard, avec Guillaume Evin. La Martinière, 188p., 45¤.

Le noir et le blanc. Et rien d'autre. C'est la magie Harcourt. Son PDG, Francis Dagnan, a la formule juste : "Le portrait estampillé Studio Harcourt, lui, ne piège pas. Il capte. Et ce qu'il peut perdre en acuité psychologique par l'abandon de la "traque", il le compense par la révélation d'une grâce." Et c'est ainsi que Louis de Funès a des airs de jeune premier, Salvador Dali, de lémurien ébloui, Simone Signoret, d'ange tragique, Serge Gainsbourg, de petit-neveu de Kafka. Emmanuel Hecht

Reggae

par Farid Abdelouahab. Ed. Chronique, 208p., 34,95¤. Livre enrichi de contenus numériques.

Bien sûr, il y a Marley sur la couverture. Un livre intitulé "Reggae" ne saurait occulter le maître du genre, du moins sa star la plus en vue. Mais cet ouvrage d'une remarquable richesse iconographique ne s'en tient pas au roi Bob. Il rend aussi hommage à tous ceux, moins connus du grand public, qui ont fait de la Jamaïque l'île de tous les miracles. L'auteur remonte le temps pour rappeler que le reggae est né de courants musicaux des années 1960 (ska, rock steady) et que ces artistes-là, de Don Drummond à Alton Ellis, méritent d'être salués, en mots comme en photos. La décennie 1975-1985, autre période décisive, fait l'objet d'un traitement tout aussi soigné avec des références de vrai connaisseur. Philippe Broussard

Grimm. Contes choisis

illustrations de Yann Legendre. Textuel, 212p., 29¤. Et aussi, chez le même éditeur, A corps perdu, par Yann Legendre.

Cendrillon, Blanche-Neige, Le Petit Chaperon rouge, mais aussi La Lune, La Mort de la petite poule, Le Vaillant Petit Tailleur, Le Roi de la montagne d'or... L'illustrateur Yann Legendre a jeté son dévolu sur 20 contes, célèbres ou moins connus, des frères Grimm. Un univers étrange et poétique, faisant fi des frontières entre humanité et animalité, auquel l'artiste de 42 ans, membre de la Society of Illustrators de New York, ajoute sa patte onirique. Superbement mis en page, cet ouvrage devrait redonner le goût de la lecture aux plus geeks d'entre nous. A lire, de 7 à 77 ans. Marianne Payot

Eleven years

par Jen Davis. Textuel, 120p., 45¤.

Elle s'étonne, s'interroge, souffre, rêve, aime, s'empiffre. Tour à tour vulnérable, furieuse, mélancolique, bougonne, contemplative, Jen Davis s'offre à son objectif comme une victime à sa proie. De 23 à 34 ans, cette Américaine en surpoids a joué à l'autoportrait (avec une chambre sur pied), du lever au coucher. Résultat, ces clichés détonants d'une femme à demi-nue, qui suscitent stupeur et admiration. "Ce que je vois, c'est le besoin d'être regardée et remarquée", écrit la photographe au terme de son entreprise "fantasmatique". Marianne Payot

La Beauté du geste

par Philippe Delerm. Seuil, 152p., 32¤.

Philippe Delerm aurait aimé être journaliste sportif. Las ! il est devenu écrivain et se rattrape avec ce bel album nourri d'instantanés heureux (le beau duo sur 10 000 mètres d'une Ethiopienne et d'une Sud-Africaine, à Barcelone, en 1992) ou malheureux (le 1 500 mètres raté de Michel Jazy à Tokyo, en 1964). Le rugby, le football, l'athlétisme, la gymnastique, la boxe, le tennis, le cyclisme, Delerm en pince pour tous les sports. Surtout lorsqu'ils sont pratiqués par les plus grands et les plus gracieux. Un regard, un geste, un muscle... rien n'échappe à cet amoureux des mots et des images. Marianne Payot

Bestioles de théâtre

par Pascale Bordet et Juliette, préface de Francis Perrin. Editions HC, 160p., 29,90¤.

Pourquoi le vert est-il tabou sur une scène de théâtre ? La gloire est-elle mauvaise conseillère ? Une servante et un brigadier peuvent-ils tomber amoureux l'un de l'autre ? La plume joliment enfantine de Juliette, conteuse aussi délicate qu'elle est une chanteuse pétulante, se marie aux aquarelles de Pascale Bordet, physiognomoniste qui peint le monde du théâtre sous les traits de tous les animaux : le critique est un alligator pansu, le public, un troupeau de sympathiques moutons -même au poulailler... Un cadeau frais et joyeux pour amoureux du théâtre... Christophe Barbier

L'Empire céleste

par Ferry Bertholet Lambert van der Aalsvoort. La Martinière, 224p., 49,¤ euros.

Ils sont une dizaine de Chinois, un vieil homme à lunettes et toque, une femme avec nourrisson, une autre en manteau de fourrure, un enfant habillé comme un petit lord. L'inquiétude se lit sur leurs visages et la légende donne la clef : "Citoyens attendant l'arrivée des troupes communistes, Pékin, 27 février 1949." C'est la fin du Céleste Empire, une époque et un album où l'on croise paysans, caravanes de chameaux, acrobates, condamnés à mort, missionnaires étrangers, hommes d'importance et femmes superbes, rassemblés par deux fous de la Chine. Sublime. Emmanuel Hecht

La Boîte à lettres

présenté par Cécile Guilbert. Robert Laffont-France Culture, 223p., 24,50¤.

Mme de Sévigné et Charlotte Corday signent de leur seul patronyme, Robespierre aussi, mais c'est moins étonnant. On déchiffre difficilement les pattes de mouche de Diderot ou de Géricault, à peine mieux celles de Stendhal et de Balzac. Apollinaire remplit la page, souligne certains mots tout comme Barbey d'Aurevilly -s'excusant pour les taches de rhum-, et Maupassant s'autorise des dessins amusants. Etonnantes, intéressantes, émouvantes, voici 34 missives rédigées par le gratin des lettres, des arts, de la politique. Fac-similés soignés, retranscriptions nécessaires : l'ensemble vivifie l'esprit. Delphine Peras