L'éditeur anglais Ford Madox Ford (1873-1939) aurait un jour prétendu qu'il pouvait juger de la qualité d'un manuscrit à la lecture de sa seule page 99, comme un coup de sonde en plein coeur du livre. Merci pour ce moment, le livre de Valérie Trierweiler (Les Arènes), n'échappe pas au test. Cette page 99 donne-t-elle envie de lire cette autobiographie vengeresse, centrée sur sa relation -et sa rupture- avec l'actuel président de la République François Hollande?

L'auteur

Née le 16 février 1965 à Angers, Valérie Trierweiler vit ses premières années dans la cité du Grand-Pigeon. Feu son père était invalide et sans profession et sa mère caissière à la patinoire. Son grand-père et son arrière-grand-père étaient banquiers de la banque Massonneau -le nom de jeune fille de Valérie Trierweiler- qui a été vendue au Crédit de l'Ouest en 1950.

Valérie Massonneau devient journaliste après un bac littéraire et des études à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où elle obtient un DESS de communication politique et sociale en 1988. Elle commence sa carrière à la revue Profession Politique, puis entre à Paris-Match à 1989. En 2005, sa rédaction l'écarte de la rubrique politique en raison de sa relation avec François Hollande qui commence "au moins depuis 2004", rapporte Le Point, et de son évidente jalousie pour Ségolène Royal.

Valérie Trierweiler est alors nommée Grand Reporter, même si sa rédaction ne lui demande que de se consacrer à la critique littéraire. Elle travaille aussi à partir de 2005 jusqu'à 2012 sur la chaîne Direct 8. Leur rupture est "dictée" par François Hollande à l'AFP le 25 janvier 2014, explique-t-elle dans son livre, Merci pour ce moment.

Le livre

La publication de Merci pour ce moment (Les Arènes), n'est qu'une demi-surprise. Si le secret de sa rédaction a été bien gardé -- même l'Elysée affirme ne pas avoir été au courant, tout le petit monde de l'édition s'y attendait. "Je n'exclus pas d'écrire un livre", confiait Valérie Trierweiler quelques semaines après l'affaire Hollande-Gayet. En mars déjà, L'Express révélait que les éditeurs de Paris faisaient monter les enchères, proposant des contrats de plusieurs centaines de milliers d'euros.

Plus surprenant en revanche, le livre s'annonce comme une autobiographie sous forme de journal intime vengeur, qui tacle sévèrement François Hollande et Ségolène Royal. Ce qui explique probablement les 200 000 exemplaires imprimés. Fait notable, quand on sait que seule la rock-star de la littérature Amélie Nothomb a bénéficié d'un tirage aussi important pour cette rentrée littéraire 2014 avec Pétronille.

"Un jour, un amour violent a incendié ma vie. Il avait quatre enfants. J'en avais trois. Nous avons décidé de vivre ensemble." La lecture de la quatrième de couverture annonce la couleur.

Extrait de la page 99

Notre lecture

Cette page 99 n'est ni trop intime, ni violente, ni vengeresse. C'est une anecdote sur le temps qui passe... et la manière dont Valérie Trierweiler a été recrutée à Paris-Match, à seulement 24 ans. Pas de Ségolène Royal en vue, mais un petit mot sur François Hollande et la cérémonie d'investiture de ce dernier. Le point de vue subjectif révèle la volonté de l'auteur de partager ses sentiments, ses réflexions et ses pensées. Le style est simple, voire simpliste et "à l'eau de rose", à destination d'un large public.

Verdict

Cette page 99 donne l'impression de lire le journal intime d'une jeune adolescente face à son destin. Valérie Trierweiler écoute avec "dévotion", l'ancien Président. Elle "foule (elle) aussi le tapis rouge". Elle se rend compte du temps qui passe trop vite, "Vingt-cinq ans!" qui "ont filé comme l'éclair". Métaphore de sa relation -et de sa rupture- avec François Hollande: orageuse. On dirait du Guillaume Musso en moins bien, lui qui aime particulièrement ces héroïnes "qui ont du caractère et de la personnalité, mais malgré une apparente solidité, restent fragiles, un peu perdues".

La gêne et l'agacement face à la sensiblerie prédominent. Car l'intérêt de connaître tous ces détails, si l'on n'est pas voyeur, est loin d'être évident. Cette page 99 nous donne-t-elle envie de lire la suite? Personnellement, non. Surtout si l'on sait -- bonnes feuilles de Paris Match obligent -- que le reste du livre expose des moments d'intimités, de folies passagères et de jalousie. Quant à la perspective de pouvoir en tirer des conclusions? Rien n'est moins sûr.