Quel est le point commun entre l'écrivain Drieu La Rochelle, la bande de malfrats Bonny-Lafont, les supplétifs ukrainiens du IIIe Reich, l'ex-général de l'Armée rouge Vlassov, le secrétaire général de la préfecture de Gironde Maurice Papon, le patron d'une entreprise de BTP finançant le Mur de l'Atlantique et les miliciens à l'assaut des maquis? Réponse: tous des "collabos". Mais la collaboration d'Etat, la collaboration économique, la collaboration idéologique ne sont pas de même nature, rappelle l'historien Henry Rousso. En outre, on ne collabore pas de la même façon à Vichy et à Cracovie, souligne son collègue Christian Ingrao. Tout l'intérêt de ce recueil d'articles (parus pour la plupart dans la revue L'Histoire), publiés sous la direction d'Anthony Rowley - brutalement disparu le mois dernier -, est dans le parti pris de la complexité. Les auteurs, spécialistes incontestés, mettent de la clarté dans ce tour d'Europe des années noires.