Festival du film fantastique de Gérardmer, 2009. Le grand prix est attribué à Morse, de Tomas Alfredson, saisissante variation sur le mythe du vampire dans la Suède populaire des années 1980. Il ne s'agissait là que de la énième récompense raflée par ce long-métrage phénomène, dont le succès en salles, confidentiel, se révèle inversement proportionnel à son aura chez les fantasticophiles du monde entier (un remake américain - signé Matt Reeves - est d'ailleurs en cours de tournage). Un an s'est écoulé, et il a fallu attendre la sortie du film en DVD (chez Metropolitan) pour qu'on puisse enfin découvrir le roman de John Ajvide Lindqvist qui a inspiré Morse, sous le titre Laisse-moi entrer - clin d'oeil à une chanson de Morrissey, Let the Right One In.
Dans la banlieue de Blackeberg, aux abords de Stockholm, le petit Oskar subit les moqueries et les coups de ses camarades du collège. Vivant seul avec sa mère dans une HLM, ce garçon rêvant de vengeance se lie d'amitié avec une jeune et mystérieuse voisine, Eli, qui vient de s'installer dans l'immeuble avec un non moins étrange bonhomme. Précision : la gamine - au passé tumultueux - n'est autre qu'un vampire. Et elle a faim. Si Laisse-moi entrer se révèle plus dérangeant que son adaptation (par exemple sur la pédophilie), ce grand roman-feuilleton se lit comme un bon "page-turner", dont la noirceur et la froideur nordiques ridiculisent le puritanisme nunuche d'un Twilight. On pardonnera alors des dialogues un peu maladroits et une traduction inégale, car le rythme et l'originalité des sanglantes aventures d'Eli et d'Oskar prodigueront quelques nuits d'insomnie. Un slogan publicitaire pour un chewing-gum conseillait : "Mâchez danois !" Avec Laisse-moi entrer, on optera pour "Mordez suédois" !