Le premier numéro de L'Express a été publié le 16 mai 1953, il y a quarante-six ans. Dans quelles circonstances est-il né? L'Express est né d'une colère. La colère où nous étions, Jean-Jacques Servan-Schreiber et moi, contre la façon dont la France était alors gouvernée, en particulier dans la conduite de la guerre d'Indochine. Cet événement n'intéressait absolument pas les Français. Le contingent n'y participait pas et ils étaient donc indifférents à ce conflit. Un seul homme politique osait dire qu'il fallait arrêter cette guerre qui ruinait le pays à tous égards, c'était Pierre Mendès France. Il était pratiquement inconnu des Français. Moi, je l'ai entendu en 1951 à l'Assemblée nationale, où m'avait emmenée Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il a fait un discours de deux heures magnifique, dans un silence glacial, sur l'Indochine essentiellement. Ça n'a eu aucun écho. Avec Jean-Jacques, nous étions fous de rage que l'analyse de cet homme demeure inconnue. C'est à cette occasion que je l'ai rencontré, grâce à Jean-Jacques, qui le connaissait déjà très bien.

Que faisiez-vous alors? Moi, j'étais directrice de la rédaction d'Elle - où j'ai vraiment appris à faire un journal au côté d'Hélène Gordon-Lazareff - et Jean-Jacques dirigeait la section Politique étrangère à Paris-Presse. Nous travaillions alors dans le même immeuble, rue Réaumur.

A quel moment avez-vous rencontré JJSS? En 1951 également, au cours d'un dîner chez l'éditeur René Julliard. Je ne sais pourquoi, mais y participait Maurice Schumann. A la fin de la soirée, je repars avec ma voiture, une 15 Citroën, et Jean-Jacques avec la sienne, une 11 Citroën, moins puissante. Sur les quais, il me double à toute allure. Je le dépasse, et me mets en travers de la route pour le contraindre à s'arrêter. J'ouvre ma fenêtre et lance: "On ne joue pas à ça avec moi!" A partir de là, nous avons été très amoureux. Ce premier contact a d'ailleurs coloré toutes nos futures relations...

Quelles relations entretenait-il alors avec ses collaboratrices? Il avait une caractéristique remarquable à cette époque: un immense respect pour les capacités des femmes. C'est d'ailleurs souvent le cas des hommes qui ont eu une mère qu'ils ont beaucoup admirée. Jean-Jacques avait donc confiance en moi. Nous étions, en vérité, faits pour travailler ensemble.

Comment êtes-vous passés tous deux de votre révolte à propos de l'Indochine à la création de L'Express? Nous voulions un journal pour dire ce que nous pensions! A partir de cette bonne résolution, Jean-Jacques a cherché de l'argent. Un mécène qu'il avait trouvé nous a laissé tomber. Il s'est alors retourné vers son père et son oncle, qui étaient propriétaires des Echos. Ce journal paraissait cinq jours par semaine et ne se vendait que par abonnement. Ils ont écrit à leurs 35 000 abonnés pour les informer que désormais ils recevraient aussi Les Echos du samedi et que leur abonnement serait légèrement augmenté. Ils ont tous accepté. L'Express a donc démarré en supplément des Echos, le samedi. Ils nous ont prêté des bureaux, trois pièces où nous étions quatre ou cinq.

Dès le premier numéro, fidèle à votre démarche, vous publiez une interview de Pierre Mendès France. Oui, mais ce qui a vraiment lancé le journal, c'est la saisie d'un numéro contenant le rapport des généraux Ely et Salan sur l'Indochine. Ce rapport confidentiel, destiné au gouvernement, était explosif. On ne peut pas imaginer aujourd'hui ce que pouvait être la saisie d'un journal dans la France de la IVe République! Ce fut un scandale français et mondial. Tout le monde s'est mis à parler de L'Express.

Qui avait obtenu le rapport? En vérité, c'est Salan qui nous l'a donné. Je me vois encore avec lui me disant: "Il ne faut pas saucissonner du petit Viet." Il y a eu inculpation et une perquisition de la police au journal. Un matin, j'ai trouvé les flics fouillant partout dans les bureaux et je savais qu'il y avait, quelque part dans un dossier de courrier, une lettre signée de Salan très compromettante. J'avais l'air de n'importe quelle petite jeune femme, à l'époque. Alors je me suis approchée d'un des enquêteurs et je lui ai dit: "Je dois faire du courrier, ce matin. Si je ne prends pas ce dossier, je vais être en retard." Il m'a dit: "Bien sûr, mademoiselle, prenez-le." Et j'ai mangé, avalé la lettre de Salan.

Très vite, de grandes signatures vous ont rejoints dans cette aventure de L'Express, notamment François Mauriac. Pourquoi a-t-il quitté Le Figaro pour un journal qui, malgré tout, n'en avait pas encore la puissance? Il y avait une grosse agitation alors autour du Maroc, qui allait, peu après, obtenir son indépendance. Le sultan avait été exilé en Corse et Mauriac, qui était résolument anticolonialiste, s'en était indigné dans Le Figaro. Ces articles ont heurté la clientèle de ce journal. Il parlait toujours d'une femme qui signait ses lettres d'insultes: "Comtesse X, catholique 100%!" Mauriac était à vif. Pierre Brisson, le directeur du Figaro, ne voulait plus qu'il écrive sur le Maroc. Deux mardis de suite, jour de son rendez-vous éditorial habituel, je constate l'absence de son article. Je dis à Jean-Jacques: il faut aller le voir, le séduire. Ce qu'il a fait. Mauriac nous a alors rejoints et il est resté avec nous presque jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie.

Dans cette toute première équipe, qui y avait-il d'autre? Tout de suite, il y a eu Pierre Viansson-Ponté, qui venait de l'AFP. Peu après, Jean Daniel, qui était jusque-là chez Bérard-Quélin et qui est devenu le grand spécialiste de l'Algérie, ainsi que Léone Georges-Picot. Mais j'étais alors la seule à savoir ce que signifie "faire un journal".

Ce premier Express, avec l'Indochine, puis l'Algérie, est d'abord un journal d'opinion... Un journal de combat! Combat contre la guerre d'Indochine, puis combat contre la guerre d'Algérie. D'ailleurs, pour le museler, Bourgès-Maunoury, président du Conseil en 1957, fera rappeler Jean-Jacques, pour un an, sous les drapeaux en Algérie. C'est un épisode important pour lui - il écrira Lieutenant en Algérie - et pour moi parce que je me suis retrouvée seule à la tête de L'Express. Or la politique, même si j'étais politisée, c'était pour moi comme une langue étrangère. Je la comprenais mais je ne savais pas la parler. Je n'avais jamais pensé écrire sur la politique; Jean-Jacques y suffisait largement. Il a donc bien fallu que je le fasse. L'équipe - Mauriac, Viansson, Jean Daniel - a été très amicale, très coopérative. Mendès, après mon premier éditorial, m'a dit: "C'est très bien." Vous imaginez combien cela a pu me soulager et me rendre heureuse. J'ai dû aussi m'occuper, à cette époque, de la gestion du journal. Nous avions besoin d'argent et je ne savais pas où en trouver. J'ai alors eu une idée lumineuse. Les événements étaient considérables avec l'affaire de Suez, Budapest, l'Algérie. Je me suis dit: nous allons faire un supplément chaque semaine de huit pages et doubler le prix. J'ai téléphoné à Jean-Jacques en Algérie pour avoir son point de vue. Il m'a répondu: "Faites ce que vous voulez, d'où je suis je ne peux juger de rien." Nous avons fait l'opération, et ça a marché.

Quels étaient, à l'époque, vos rapports avec les hommes politiques? Ça dépend desquels. Nous avons été souvent saisis. Il faut dire que, pendant la guerre d'Algérie, nous avons été les seuls, avec Témoignage chrétien et l'Observateur, à dénoncer la torture. Avec nous, il y avait naturellement Mendès, Defferre et Mitterrand, qui, très vite, est "intervenu" dans L'Express, même si, en novembre 1954, répondant au premier mouvement d'insurrection, il avait lancé à la Chambre: "L'Algérie, c'est la France." Quand la guerre d'Algérie s'est achevée, nous avons perdu, si je puis dire, notre principal cheval de bataille, et Jean-Jacques a tout de suite compris qu'on ne pouvait être un journal de combat quand on n'avait pas de combat, en tout cas de combat de l'ampleur de celui pour l'indépendance algérienne.

Dans ce journal de combat, vous avez introduit malgré tout des pages magazines comme Madame Express. Comment l'idée vous en est-elle venue? Je trouvais que la presse française était indifférente aux femmes et ignorait les attentes des lectrices. Avant les fêtes de Noël 1957, j'ai donc eu l'idée de publier dans L'Express des pages de shopping, mais sans le moindre lien avec la publicité comme le faisaient les autres journaux. Mon idée était: on doit dire ce qu'on veut dire, y compris sur ces questions-là. Madame Express a trouvé sa crédibilité. Cette rubrique a été confiée à l'une des soeurs de Jean-Jacques, Christiane Collange.

Vous avez aussi inventé en 1957 une formule que tout le monde reprend depuis: la "Nouvelle Vague". Comment est née cette expression? L'un d'entre nous avait relevé une enquête de cette nature, sur les jeunes gens et leurs aspirations, dans un journal polonais. Nous avons alors demandé à Roland Sadoun, qui dirigeait l'Ifop, de procéder à un sondage sur les jeunes Français: l'innovation était de réaliser un sondage sur un sujet de société. J'ai trouvé ensuite l'expression "Nouvelle Vague" au cours d'un week-end en Normandie. Je ne sais pas comment... En bavardant avec Simon Nora.

Quel était exactement le rôle de Simon Nora, inspecteur des Finances, proche de Mendès, dans ces premières années de L'Express? Très important! Grâce à lui, L'Express a été le premier journal non spécialisé à parler d'économie et même à la privilégier. Simon, cependant, n'avait pas un talent de plume. Je lui disais: "Expliquez-moi patiemment tel ou tel sujet économique, quand j'aurai compris, je le rédigerai ensuite clairement." Je faisais donc les papiers d'économie. Tout ce que j'ai appris en économie, je l'ai appris comme ça! Alfred Sauvy, lui, nous concoctait des BD d'économie: en quelque sorte, les premiers pas de l'infographie. A cette époque, nous avons aussi conçu une rubrique En hausse, En baisse: la première du genre.

La deuxième très grande révolution éditoriale de L'Express a été le passage au format newsmagazine, en 1964. C'est un moment essentiel de la presse française, puisque de nombreux journaux s'en inspireront ensuite: Le Nouvel Observateur, Le Point, L'Evénement, Marianne, tous dirigés par des journalistes qui sont passés par L'Express. Qui a voulu ce passage du journal de combat au news? C'est Jean-Jacques, qui a compris dès 1963 qu'il fallait imaginer quelque chose de nouveau. Que nous ne pouvions plus être le journal de combat que nous avions été car, même s'il y avait de grands sujets, l'intensité des débats avait, elle, changé. Il a réfléchi à un hebdomadaire qui s'inspirerait à la fois du Time américain et du Spiegel allemand. Moi, je trouvais que l'écriture de Time, concentrée, rapide, très efficace, était remarquable. Jean-Jacques, avant de procéder à cette transformation, a demandé à son frère, Jean-Louis, de faire un voyage d'études aux Etats-Unis, pour voir comment fonctionnait Time, et notamment son système d'abonnement. Bref, nous avons lancé cet Express nouvelle formule qui a provoqué cette réaction amusante de Pierre Lazareff: le jour de sa parution, devant sa rédaction de France-Soir, il agite L'Express en criant "Voilà ce qu'il ne faut pas faire!".

Ce grand passage a provoqué de grands changements dans la rédaction. Beaucoup de gens ont effectivement souffert de ce changement, qui nous éloignait du journalisme d'opinion. Il y avait une nostalgie du premier Express. Moi la première, je n'étais pas très heureuse de cette transformation, même si je la trouvais nécessaire. La rédaction s'est alors étoffée. Nous avons déménagé pour nous installer rue de Berri, dans le VIIIe. Jean Daniel est parti. Il a créé plus tard Le Nouvel Observateur avec Claude Perdriel. Tout ça a été un peu douloureux. L'Express, tout d'un coup, est devenu une grande maison. Jusque-là, c'était un commando! Pendant 10 ou 15 numéros, pour que l'équipe comprenne bien ce que nous voulions, j'ai récrit entièrement le journal.

Autre moment important, l'arrivée en 1966 de Claude Imbert, qui plus tard créera Le Point, avec Olivier Chevrillon, Georges Suffert, Jacques Duquesne, Pierre Billard, Robert Franc, Henri Trinchet et Philippe Ramond. Claude Imbert a amené avec lui des journalistes de l'AFP, remarquables, Jean-Jacques Faust, Jacques Boetch... Claude était un très bon rédacteur en chef. Nous nous sommes très bien entendus et je conserve un excellent souvenir de cette époque.

Comment s'organisait le travail avec lui? Sans problème. Moi, je m'occupais énormément de la copie, de ce qu'on écrivait. Je pense profondément que l'écriture journalistique est spécifique; ce n'est pas de la sous-littérature, c'est un genre en soi. Ce n'est pas non plus une dissertation d'universitaire avec des démonstrations en trois points! J'ai cherché à enseigner cette écriture journalistique, la nécessité de savoir attaquer un papier, de savoir le construire, de savoir qu'un article, comme un scénario, doit avoir un mouvement intérieur et une action. Peut-être est-ce lié à mon passé de scripte et de scénariste? Le talent, c'est autre chose. Il vient en plus. Jacques Derogy, merveilleux journaliste, était par exemple toujours noyé dans ses informations, il en recueillait tellement qu'il ne savait plus où les mettre. A un moment donné, en général à la dernière minute, il entrait dans mon bureau pour me dire: "Françoise, je n'y arrive pas." Je lui répondais alors: "Allons-y." Il y en a eu beaucoup comme ça. Je me souviens ainsi d'avoir fait refaire trois fois un papier sur Victor Hugo à Jean-François Kahn! Derogy et Kahn ont été les premiers a faire, à ce moment-là, du journalisme d'investigation avec l'affaire Ben Barka.

On a le sentiment, malgré tout, que vous gardez la nostalgie du premier Express. Par rapport à ce que nous avions vécu, je me suis un peu ennuyée dans ce nouvel Express, surtout autour de 1970, même si nous avons fait beaucoup de choses et innové.

Vous n'avez aucun regret sur cette première période? Elle fut très excitante mais sans doute ai-je manqué de discernement en 1958. Influencée par Jean-Jacques et Mendès, je les ai suivis dans un antigaullisme au fond peu naturel chez moi. Nous avons cru que de Gaulle serait prisonnier des militaires. Nous nous sommes trompés. C'est pour cela que Mauriac, qui pourtant était mendésiste, nous a quittés. Il ne partageait pas notre point de vue. Le petit détonateur ayant provoqué son départ a été un voyage de De Gaulle à Bordeaux. Mauriac n'a pas voulu le rencontrer, appartenant à un journal ouvertement hostile. Il a démissionné.

Cet antigaullisme, on le retrouve en mai 1968 dans le nouvel Express. Nous avons vécu 68 avec les insurgés. Ça a rendu le pauvre Claude Imbert fou! Claude, qui n'est pas un insurgé par nature, trouvait que nous sortions du cadre de l'information. Jean-Jacques a fait une Une intitulée "Le naufrage", et Claude s'arrachait les cheveux!

C'est ce désir d'engagement militant de JJSS qui a provoqué, d'ailleurs, le départ en 1971 de Claude Imbert et d'une partie de l'équipe. Ce fut une période très pénible et difficile. Je comprends Claude: il était entré dans un journal pour faire de l'information, il a trouvé, après quelques années, un patron vibrionnant qui voulait faire un journal engagé au service de ses idées. Ça a mal tourné. Un quarteron de journalistes a essayé de prendre le pouvoir. Je n'étais pas d'accord avec eux, ils s'y sont mal pris, c'était choquant, mais, psychologiquement, je comprends Claude. Il faut bien mesurer que L'Express était la chose de Jean-Jacques. Mais il faisait des folies de toutes sortes.

En 1974, vous quittez L'Express pour entrer dans le gouvernement Chirac, comme ministre à la Condition féminine; comment avez-vous fait ce saut? Mendès m'a dit: "Mais qu'est-ce qui vous a pris?" Defferre s'est fâché avec moi. En vérité, je me suis décidée après un long entretien avec Giscard. Je l'ai interrogé sur ce qu'il comptait faire, en tant que président, pour les femmes. Il a été très bon. Il m'a parlé de Simone Veil et de sa volonté de dépénaliser l'avortement. Il m'a dit dans quelle intention il voulait que l'on travaille pour les femmes. J'ai pensé: s'il fait ce qu'il dit, c'est très bien. J'ai eu envie de participer à cette aventure. Jean-Jacques m'a encouragée...

Vous êtes revenue ensuite au journalisme et à l'écrit, que vous n'avez finalement jamais quitté. Quel est, selon vous, son avenir à l'heure d'Internet? Je ne suis ni très optimiste ni très pessimiste sur l'avenir de la presse. Je pense qu'il y aura toujours un certain nombre de gens pour lire des journaux. L'important, au fond, vraiment difficile, c'est de cerner ce que les journaux doivent apporter au lecteur que la télévision et Internet ne lui offrent pas. Ce plus, c'est donner le plaisir de lire, et ce plaisir, c'est le talent qui le donne. La presse actuelle manque de talent. Il ne s'agit pas de faire des petits bijoux. Mais, si les journaux singent la télévision, ils sont perdus. On reçoit passivement la télévision, on ne peut revenir dessus, elle passe sur vous comme l'eau sur les plumes du canard. Seule la presse permet l'arrêt sur images et le retour en arrière. Et puis elle doit, elle, absolument jouer la carte de l'information fiable.

Mais ce n'est pas le cas de la télévision et d'Internet... Non. Justement. Je crois même qu'Internet est beaucoup plus dangereux que la télévision, car n'importe qui peut y dire n'importe quoi à tout le monde, et des quatre coins de la planète. Il n'y a là plus d'éthique, plus de filtre, aucun contrôle. Au point que le risque est de suivre Internet dans ce qu'il a de plus médiocre, de plus ignorant et de plus irresponsable. Il y a aussi avec Internet le problème de la gratuité, ce qui est grave pour la presse, car le prix des journaux en France est aujourd'hui beaucoup trop élevé.

Reste qu'à travers son histoire L'Express, que vous avez fondé avec JJSS, a montré qu'il pouvait résister à bien des mutations et à bien des crises. Comment l'expliquez-vous? Il est insubmersible. Il est beaucoup plus difficile de couler un journal que de le créer. L'Express, depuis 1964, est aussi fort de sa politique d'abonnement. Le problème des journaux, c'est de ne pas arracher les gens à leurs habitudes, tout en innovant. De les amener à enlever leurs pantoufles - en sachant qu'ils finissent toujours par s'ennuyer en les portant trop longtemps - mais sans les brusquer.

Dans ce numéro anniversaire, nous avons demandé à toutes les grandes signatures de L'Express, qui, pour beaucoup d'entre elles, ont été vos collaborateurs, de nous indiquer l'événement, à leurs yeux, le plus important depuis la création du journal, en 1953. Quel est votre propre choix? Sans hésiter, la chute du mur de Berlin. C'est la fin de la guerre froide et la naissance d'un monde complètement différent.