Pour:
"La télévision, le bronzage et les yeux bleus ont beaucoup nui à Jean d'Ormesson. La Pléiade va surprendre: elle révèle une oeuvre ambitieuse, lyrique, cocasse, un auteur dont le succès a masqué la valeur littéraire. En 1971, en pleine crise du roman, il renonce au ton de ses premiers livres - entre Sagan et les Hussards - pour inventer autre chose. Fasciné par l'école des Annales, l'ethnologie et la linguistique, il comprend que la révolution intellectuelle est de ce côté-là, plutôt que dans le nouveau roman. Avec La Gloire de l'Empire, il transforme en fleuve romanesque ces façons nouvelles de raconter l'Histoire. "J'ai passionnément aimé la Méditerranée": la phrase pourrait être de lui, elle est de Fernand Braudel. La malédiction du normalien qui a trop lu devient son atout maître. Ce premier succès, salué par Le Goff dans Le Nouvel Observateur, tient de Tolkien et des Martyrs, livre oublié de Chateaubriand. Il retrouve les torrents de noms sonores de La Légende des siècles du vieil Hugo. Les quatre livres réunis ici forment un labyrinthe truffé de passages secrets et de miroirs. La lignée imaginaire d'Au plaisir de Dieu renvoie au Guépard, l'Histoire du Juif errant aux romans de Fruttero et Lucentini. Ce gentilhomme-cambrioleur de la littérature pratique dans les mêmes phrases le canular et la réflexion philosophique sur le temps. Sa place dans le panthéon des lettres, il l'a gagnée en trouvant ce titre prodigieux: Dieu, sa vie, son oeuvre - livre qui n'est d'ailleurs pas repris en Pléiade. Un second tome, bientôt ?"
* Vient de publier La Nouvelle Vie d'Arsène Lupin. Grasset, 234p., 18,50¤.
Contre:
"La "pléiadisation" de Jean d'Ormesson de son vivant, à l'instar de Gide, Gracq ou Malraux, est une insulte à toute élémentaire notion de hiérarchie littéraire. Il colporte avec gourmandise une érudition de surface pour se donner des airs philosophiques et charmants à l'heure du thé et se contente d'étaler des platitudes, au point que sa prose fait figure d'une interminable autoroute. Au plaisir de Dieu est un bon feuilleton pour TF1 en 1977, appliqué et scolaire, mais en aucun cas un texte méritant le papier bible de Gallimard! On dit qu'il écrit "classique" pour la seule raison qu'il écrit propre et plat. Ecoutez-le: "La vie est belle. Il lui arrive d'être cruelle. Mais, enfin, elle est belle", note-t-il dans C'est une chose étrange à la fin que le monde. Et ailleurs : "Les hommes vivent. Ils sont là. Pas depuis très longtemps. Pour combien de temps? Personne ne le sait. Mais, enfin, ils sont là." Ses romans-essais tels que Histoire du Juif errant sont saturés de vide. Ils font songer à ces collectionneurs exhibant avec malice leurs plus curieux colifichets: ils vous épatent les dix premières minutes et vous font bâiller d'ennui passée la centième page. Mais il faut reconnaître à Jean d'O. qu'il est un excellent VRP de ses propres productions. Jean d'Ormesson est une marque, qui ne mérite pas d'être élevée au grade de chevalier de la Pléiade."
* Auteur de Suffirait-il d'aller gifler Jean d'Ormesson pour arranger un peu la gueule de la littérature française? Editions Pierre-Guillaume de Roux, 112 p., 15¤. Sortie le 22 avril.
