On le sait bien, on ne va pas avoir le beau rôle. Mais, en avançant de plusieurs semaines la sortie du nouveau livre de Jean d'Ormesson, Gallimard contraint la critique à se prononcer alors que l'immense émotion nationale provoquée par la mort de l'écrivain n'est toujours pas retombée. Pour autant, doit-on obligatoirement dire du bien de cet Et moi, je vis toujours?

Une épopée ennuyeuse

Jean d'Ormesson y apparaît sous les traits d'un personnage double, masculin et féminin, qui traverse les siècles, un procédé qu'il avait déjà utilisé jadis avec son Histoire du juif errant. Il croise Socrate, embarque sur la caravelle de Christophe Colomb, vit l'enfer d'Auschwitz et survole la Lune avec Neil Armstrong.

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Mais Zelig d'Ormesson se contente d'effleurer chaque époque en spectateur. Etrangement, cette épopée n'a pas d'âme. On a l'impression de lire une Histoire de l'humanité pour les nuls. Il aurait fallu le souffle du Victor Hugo de La Légende des siècles ou d'un Michelet pour soutenir projet si ambitieux. Et plus on tourne les pages de ce livre, plus on est gagné par un sentiment qui, il faut bien l'avouer, ne porte qu'un seul nom: l'ennui.

ET MOI, JE VIS TOUJOURS PAR JEAN D'ORMESSON. GALLIMARD, 286P., 19¤.