Je fais l'expérience d'une vieillesse heureuse mais c'est une question de chance: je ne suis pas plus malade que par le passé, je n'ai pas d'angoisses... J'ai surtout la chance de continuer à travailler normalement: depuis soixante-six ans, j'écris tous les jours un article de deux ou trois feuillets, en français, pour le quotidien brésilien O Estado De São Paulo. C'est tout l'intérêt du journalisme, qui permet de suivre l'actualité, et incite à s'adapter aux nouvelles technologies.
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Et puis j'ai constaté une généralité: lorsque vous avez 70 ans, plus rien ne marche, au niveau du métier comme des femmes. A 90 ans, ça change, vous êtes auréolé de respect, d'une espèce de gloire. A croire que le Créateur, que je ne connais pas, a inventé une façon de voir pour mieux dissimuler la fin de vie...
Le grand âge n'est plus une exception aujourd'hui et va sans doute aller croissant dans nos sociétés occidentales. Il s'accompagne certes d'une dimension douloureuse, mais, selon moi, il s'agit de continuer à vivre comme si on ne devait pas mourir.
Dernier livre paru: Maupassant, le sergent Bourgogne et Marguerite Duras (Albin Michel, 2017).
