Dans votre nouveau livre No Sex in the city, vous abordez, entre autres, la question de la "crise de folie de la cinquantaine". De quoi s'agit-il ?

Candace Bushnell : En se rapprochant de cette tranche d'âge, on se rend compte que rien n'est garanti, que rien ne dure, et on s'affranchit d'un grand nombre de certitudes que l'on avait pendant nos jeunes années - notamment concernant le mariage et l'amour. Parce que chacun d'entre nous est amené à vivre des moments difficiles, à perdre des proches, ou à rencontrer des obstacles dans sa carrière, on vit davantage dans le moment présent, avec tout ce que cela comporte d'incertitude et de prise de risque. La cinquantaine, c'est une étape charnière de l'existence : le moment où - d'autant plus si l'on est une femme célibataire - l'on ne doit compter que sur soi pour trouver de la sécurité et de la confiance, et où l'on ne doit surtout pas attendre que cela vienne de l'autre, d'un potentiel partenaire de vie. Pour être épanouie, il faut d'abord puiser en soi, créer les conditions de son propre bonheur.

Vos personnages sont un groupe de femmes ayant toutes divorcé. Elles se retrouvent célibataires presque en même temps, à l'ère des rencontres sur Tinder. On sent que cette nouvelle liberté génère chez elles autant de joies que d'angoisses sur l'avenir...

J'ai horreur des généralités, mais je ne peux m'empêcher de constater que, dépassé un certain âge, le divorce ne touche pas les hommes et les femmes de la même manière. Les premiers ont tendance à retomber aussi vite que possible dans le schéma classique du couple et du mariage. J'ai senti chez beaucoup d'entre eux une urgence de refaire leur vie, de refonder un foyer, de ne surtout pas être seul. Cela tient aussi au fait que c'est plus simple, la cinquantaine passée, pour un homme de trouver quelqu'un. Les moeurs changent, bien sûr. Mais je persiste à croire que c'est plus difficile pour une femme de retrouver un partenaire. Sans oublier que l'indépendance financière, ou l'absence d'indépendance financière, change la donne. Une fois célibataire, avec ou sans enfant à charge, le manque d'argent est un fardeau supplémentaire qui ne doit pas être négligé. Et ce fardeau est majoritairement celui des femmes.

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Dans votre livre, vous dites que votre histoire d'amour avec New York, pourtant centrale dans vos précédents ouvrages, s'est peu à peu fanée. Comment l'expliquez-vous ?

Il y a en effet un lien inextricable entre ma façon de décrire les relations hommes-femmes, et la ville elle-même. Ce n'est pas pour rien que mon livre (et la série de HBO) s'intitule Sex and the City. New York attire des jeunes de tout le pays, et du monde entier, qui ont de l'ambition et une soif de réussite. Ils n'ont pas peur d'être mis à l'épreuve, prennent sans doute plus de risque que la moyenne et tentent leur chance à la Big Apple. Pour ma part, j'ai bien connu cet état d'esprit, ainsi que le pouvoir d'attraction qu'exerce sur ses habitants la ville de New York. Seulement voilà, j'ai passé le cap de la soixantaine, et vivre à New-York m'a fait l'effet d'un burn-out. Je me suis mise à avoir envie d'une vie différente. Cela se reflète, bien entendu, dans mes écrits. Soit dit en passant, cela ne signifie pas que la ville ne me manque pas. Je ne connais d'ailleurs personne qui ait quitté New-York et qui tire un trait définitivement sur la ville, sans jamais se demander s'il a fait le bon choix.

L'un de vos personnages, à l'heure où elle se retrouve célibataire, se sent "invisible". Selon vous, les femmes de plus de cinquante ans sont-elles assez représentées dans la culture populaire ?

Même si les choses sont en train de changer doucement, notre société continue de glorifier la jeunesse et de mettre de côté le marché des femmes plus mûres, d'où ce sentiment assez répandu d'"invisibilité". Dans l'industrie des cosmétiques, par exemple, les gammes de produits destinées aux femmes de mon âge manquent cruellement de choix et de diversité, comparé à ceux qui ciblent des populations plus jeunes. Le manque d'intérêt est flagrant. Même refrain sur le petit et le grand écran. À Hollywood, rares sont les films et les séries où les premiers rôles sont écrits pour des femmes mûres, ou leur sont attribués. Il reste encore beaucoup de résistance, de barrières à faire tomber, mais je reste optimiste !