Romancière et biographe, Dominique Bona est la huitième femme élue à l'Académie française. Alors que Grasset réédite sa biographie consacrée à la première femme impressionniste, Berthe Morisot, Dominique Bona retrace dans un récit personnel le style de ses enquêtes biographiques : Colette, Camille Claudel, Romain Gary ou Stefan Zweig. Une intimité se crée au fil des rencontres.

L'Express : Quel est le secret du style de vos biographies, où les portraits littéraires forment les personnages de votre famille imaginaire ?

Dominique Bona : C'est un mélange personnel de rigueur et de passion, de clarté et de mystère, de volonté de connaître et d'approche sensible, voire un peu irrationnel. Ni exercice d'érudition, ni exhaustivité documentaire, le style biographique aborde un être humain, le sens de sa vie. Venus d'un lointain passé, ces hommes et femmes ont encore tant de choses à nous dire aujourd'hui.

Un style pas si éloigné du roman ?

Ecrire, c'est chercher l'essence filtrée des êtres et de l'existence. Le biographe et le romancier cherchent tous deux à saisir le coeur et l'émotion. Un but commun, mais une approche différente. Eclairer nos propres vies par d'autres destins. Une histoire différente de la nôtre permet de mieux se connaître. Le romancier invente, le biographe cherche. Dans les deux cas, par un jeu de miroirs, la fiction ou l'enquête ramène forcément à soi.

Qui sont réellement ces figures littéraires, au-delà de leur style légendaire ?

L'artiste dont je retrace la biographie, Paul Valéry, poète national célébré par le général de Gaulle, ou Romain Gary, écrivain dont la vie est un roman, a une célébrité mythique. Il faut retrouver le facteur humain, contrebalancer la légende.

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L'oeil lucide, dans l'élan premier, s'avance vers l'autre, oublie son monde étroit et se consacre entier à une personnalité. Le biographe contrôle ses émotions, se surveille en permanence et garde une objectivité. C'est un jeu d'équilibre.

Mes vies secrètes, une tentative de comprendre votre style propre ?

J'ai voulu arrêter les horloges, revenir sur mes années à écrire la vie de l'autre. Pourquoi avais-je fait tout cela, m'éloigner du roman et trouver tellement de bonheur dans l'écriture biographique ? Il y a une nourriture extraordinaire dans cet exercice. Quelque chose passe du personnage à l'auteur. Je ne mélange jamais le romanesque et le biographique, ce serait se détourner du véritable charme, qui est de jouer sur le vrai. Traiter du matériau vivant ou réel il n'y a pas de besoin d'en rajouter, ce serait une faute de goût, la vie de ces femmes et ces hommes est si pleine.

Quel est le style de Berthe Morisot, combattante acharnée de l'art et peintre de l'intériorité ?

La consécration a eu lieu enfin en 2019 avec son expo à elle seule dans ce grand musée national qu'est le Musée d'Orsay. Claude Monet et Berthe Morisot sont deux peintres qui incarnent le mieux l'impressionnisme. Artistes de la lumière, ils opèrent par petites touches, avec un jeu incroyable de transparence et une envolée des couleurs qui leur est propre. Cette femme a placé très haut l'idéal de la peinture. Le style du pinceau de Berthe Morisot fixe les petits bonheurs éphémères de la vie. Une vibration magnifique.

Mes vies secrètes, 320 p., 20 ¤, éd. Gallimard