Invisible Man. Franc-tireur. Comme Pynchon, Denis Johnson - né en 1949 - n'aime pas s'exhiber en public et sa biographie est aussi dépouillée que la contrée où il se cache, l'Idaho. Sa notoriété, il l'a acquise en 1992 lorsqu'il faillit décrocher le National Book Award avec les nouvelles de Jesus' Son, autant de bâtons de dynamite qui font voler en éclats les vitrines de la bienséance en une désastreuse procession de junkies et de losers. Même amertume dans Un pendu ressuscité (road movie où déambule un routard déglingué, avec des images à la Carver) et dans Déjà mort, virée californienne au coeur d'une communauté de "freaks enchnouffés". C'est le monde des marges et "la débâcle des anges" - titre de son premier roman - qui fascinent Johnson mais, au générique de son oeuvre courroucée, il y a aussi une plongée dans l'enfer de la guerre du Vietnam - Arbre de fumée - et, tout récemment, Personne bouge, polar trash où les paumés de l'Amérique profonde croisent les desperados inventés par Cormac McCarthy.