C'est à la visite guidée d'un labyrinthe d'obsessions et d'excentricités que nous convie le beau livre de Ricard Mas Peinado et Carlos Rojas. Avec un plaisir complice, les deux auteurs, que l'on sent encore fascinés par leur sujet, nous font rencontrer dans ce dédale surréaliste les figures multiples toujours imprévisibles de celui qui finira «homme-sandwich de lui-même». «A six ans je voulais être cuisinier. A sept ans je voulais être Napoléon. Et mon ambition n'a cessé de croître depuis lors.» Difficile de garder son sérieux devant un tel humour, annonciateur d'une sévère paranoïa qui aura finalement raison de la carrière de l'artiste. «Le jeune Dalí, affirment Mas Peinado et Rojas, imitait mal toutes les idoles de son panthéon, de Chagall à Matisse, en passant par l'inévitable Picasso, sans vraiment trouver sa voie.» Le Portrait de dos de 1925 semble pourtant nous dire le contraire. ?uvre sans suite... L'ami de García Lorca et de Buñuel choisit de devenir le peintre académique de ses propres fantasmes, puis le «fou du cho-co-lat Lan-vin», pour finalement sombrer dans la vraie folie.