Il est l'artiste de génie. Elle incarne la muse par excellence. A eux deux, Gala et Dali forment l'un des couples les plus fusionnels du XXe siècle. Dès leur première rencontre, à Cadaqués (Catalogne), en 1929, le coup de foudre est réciproque. Gala, de son vrai nom Helena Ivanovna Diakonova, est alors l'épouse du poète surréaliste Paul Eluard, dont elle a une fille, et la maîtresse de Max Ernst.
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Salvador, qui trimbale comme un pesant fantôme le prénom d'un frère disparu avant sa naissance, est prêt à tout pour exister aux yeux du monde. Il a 23 ans. Elle en a dix de plus. Pour lui, elle quitte le foyer conjugal. Pour elle, il se fâche avec sa famille qui ne veut pas entendre parler de cette union. Les tourtereaux se marient en 1932; ils ne se quitteront plus.
Brillante, indépendante et cultivée, Gala contribue à construire et à maintenir la renommée de son fantasque époux, qui multiplie les provocations. Elle veille sur lui et sur ses affaires avec un soin jaloux, mais lui laisse volontiers la vedette, joue inlassablement les modèles. Dali la représente sous toutes les coutures dans ses oeuvres où elle apparaît tour à tour en madone et en icône moderne.
Disputes, réconciliations, adultère
De New York à Rome, d'Italie en Espagne, inséparables, ils séduisent les milieux intellectuels et artistiques de l'époque. Pendant un demi-siècle, rien n'aura raison de leur amour fou: ni les disputes et les réconciliations légendaires qui suivent, ni les escapades de Gala en compagnie de jeunes hommes, ni la relation de Dali avec Amanda Lear, nouée au milieu des années 1970. "Je veux que mon mari soit heureux", affirme Gala à la nouvelle égérie de son mari. "J'aime Gala plus que ma mère, plus que mon père, plus que Picasso et, même, plus que l'argent", dit Salvador de celle qui est à la fois sa femme, sa meilleure amie, son inspiratrice et son agent. C'est peu dire que la mort de sa bien-aimée, en 1982, laisse le peintre éploré.
Sept ans plus tard, alors qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, il la rejoint dans l'éternité. Mais pas dans le tombeau commun que les amants avaient aménagé au château de Pubol, en Catalogne, pour s'étreindre par-delà la mort. Le créateur déjanté a finalement été enterré à Figueras en grande pompe dans le théâtre-musée qui porte son nom.
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>> Extrait du Grand Format numéro 18, L'amour au fil des siècles, juillet-août-septembre 2016, en kiosque actuellement, 6,90 euros.

Une du hors-série "L'amour au fil des siècles"
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