On a frôlé l'incident diplomatico-sentimental: tandis que Valérie Trierweiler arrive, ponctuelle, amincie et amène, au très chic restaurant du Bristol, Julie Gayet se trouve - hasard des agendas - au bar de l'hôtel. Mais l'ex-première dame passe sans voir la comédienne... L'ambiance est restée sereine lors de ce 15e déjeuner des bestsellers, organisé par L'Express dans le palace parisien du Faubourg Saint-Honoré.
Nul couac entre des invités aux affinités pourtant improbables : Valérie Trierweiler, donc, Eric Zemmour, qui se fait attendre -mais, ne circulant plus qu'en voiture officielle, car sous protection policière, arrive à temps pour la photo-, Jacques Attali, les soeurs jumelles Anne-Sophie et Marie-Aldine Girard, dont les deux tomes de La femme parfaite est une connasse! (J'ai lu) continuent de tutoyer les sommets, Pierre Lemaitre, Lola Lafon, Jean-Christophe Rufin, Stéphane De Groodt, Katherine Pancol, Eric Reinhardt, Philippe Torreton, Maylis de Kerangal, Adrien Bosc, Marc Dugain...
Sans oublier Amélie Nothomb, une habituée, un peu enrhumée ce jour-là, mais prompte à accepter une coupe de champagne, son breuvage de prédilection, célébré dans Pétronille (Albin Michel). Le titre de sa prochaine livraison annuelle, tout juste remise à son éditeur, fait plutôt penser à Simenon: Les Meurtres de Neuville.
Auteur à succès s'il en est et habitué des rendez-vous du Bristol -cette année pour Comme un chant d'espérance, publié par sa fille, Héloïse-, Jean d'Ormesson mandate d'emblée Maylis de Kerangal pour lui procurer un bloody mary. Eric Zemmour en profite pour le prendre affectueusement par le bras : "Dites donc, Jean, pourquoi passez-vous votre temps à m'attaquer?" Les deux hommes s'isolent, règlent leur différend en riant. A eux, et à tous les autres convives, Christophe Barbier rend hommage sur le thème du courage.
Un laïus de bienvenue commencé par un poème de Stéphane Mallarmé, sans le nommer, que seul l'auteur d'Au plaisir de Dieu saura reconnaître -"Même si je suis sourd!" s'exclame Jean d'O. David Foenkinos, lui, est plutôt en manque de sommeil, père depuis douze jours d'une petite Charlotte, et sans cesse sollicité par les mairies pour inaugurer des plaques commémoratives en l'honneur de Charlotte Salomon, à qui il a consacré son roman, prix Renaudot et Goncourt des lycéens - plus de 300 000 exemplaires vendus.
Pas d'impair! A table, des places soigneusement attribuées...
Il est temps de passer à table, six en tout, pour savourer le repas d'exception concocté par le chef trois étoiles Eric Fréchon, dûment arrosé de Château Monbousquet 2010, bordeaux blanc, et sa version rouge, un saint-émilion grand cru classé de 2006. Les places ont été soigneusement attribuées, histoire d'éviter les impairs - Amélie Nothomb frémissait à l'idée de côtoyer Eric Zemmour, gageons qu'elle n'était pas la seule... Valérie Trierweiler, assise à côté de son éditeur, Laurent Beccaria, confie avec un sourire énigmatique : "Pas une seule personne au monde, pas même mon éditeur, ne sait pourquoi j'ai choisi ce titre, Merci pour ce moment. Il a une origine très précise, que je ne dévoilerai pas."
Son best-seller, qui aurait atteint les 700 000 exemplaires, paraîtra au Livre de poche en juin, avec une nouvelle couverture, sans doute un portrait d'elle en noir et blanc. Francis Esménard, PDG des éditions Albin Michel, n'est pas pressé d'en faire autant pour Le Suicide français, dont il annonce un tirage de 500 000 exemplaires : "La dernière fois qu'on a connu un tel succès pour un document, c'était avec les livres de Jean Montaldo sur Mitterrand! Nous n'allons pas le sortir en poche de sitôt." D'autant que Zemmour, ne ménageant pas sa peine, se déplace en province une fois par semaine. Comment sent-il le pays? "Lucide et exaspéré." Selon lui, la grande crainte des Français est la guerre civile, de type communautariste.
A quelques tables de là, le Belge Stéphane De Groodt pense au contraire que "la France ne va pas si mal que ça". Et l'auteur de Voyages en absurdie, frôlant les 150 000 exemplaires vendus, selon son éditeur (Plon), d'ajouter d'un air amusé, en dégustant sa mousseline d'oeuf de poule, écume d'oursin: "Vous voulez tout changer, mais vous n'acceptez aucun changement!"
A venir, un thriller de Rufin, un film de Dugain
Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013 pour Au revoir là-haut, près de 650 000 exemplaires écoulés, s'est attelé à un nouveau roman, qui devrait se dérouler, lui, durant la Seconde Guerre mondiale, au moment de l'exode. Entre deux bouchées de langoustines micuites à la crème au yuzu, l'ex-"polardeux" avoue son dépit: l'adaptation pour le cinéma d'Au revoir là-haut traîne en longueur, il en est à la troisième version du scénario avec Albert Dupontel. "Mes livres ont tous été achetés, jamais aucun film ne s'est fait. J'en viens à réclamer un navet, s'il le faut!"
Jean d'Ormesson n'a pas de ces déconvenues, soulagé d'avoir pu mener à bien l'édition de son oeuvre en Pléiade: "J'ai failli l'annuler, car l'appareil critique me semblait trop compliqué à monter. Et puis l'éditeur a insisté, et maintenant c'est fait." Soit près de 1800 pages, 70 euros, 900 tonnes de papier pour le premier tirage. Jamais à court d'anecdotes, l'ancien directeur du Figaro raconte comment son père refusa un livre aux armes de la famille d'Ormesson chiné par un diplomate allemand: "Cher ami, je ne peux en cette période accepter un cadeau de la part d'un Allemand. Quand Hitler aura été battu, vous viendrez à la maison, je vous recevrai et vous embrasserai." Confidence plus politique de l'académicien: "La primaire était la hantise de Sarkozy, elle est désormais sa seule chance de reconquérir l'opinion."
Son confrère du Quai Conti Jean-Christophe Rufin, qui apprécie le pigeon de Bresse laqué au miel épicé, est à pied d'oeuvre pour la promotion de son roman Checkpoint, réflexion sur l'humanitaire au XXIe siècle, à paraître le 10 avril chez Gallimard. L'ex-ambassadeur et médecin vient en outre de tracer le mot "fin" (à la main) d'un thriller dont le héros pourrait bien devenir récurrent. Quant à Marc Dugain, qui publie ces jours-ci Quinquennat (Gallimard), il commence au début d'août le tournage de L'Echange des princesses, beau roman historique de Chantal Thomas, avec Lambert Wilson, François Morel et un budget de 6 millions d'euros. Ce stakhanoviste va par ailleurs adapter pour Arte son propre roman L'Emprise.
Si Maylis de Kerangal n'a pas apprécié Soumission, de Michel Houellebecq, s'étonnant de la critique élogieuse de Carrère dans Le Monde des livres -"Je l'adore, Emmanuel. Mais, là, il a craqué le slip!"- la saveur irrésistible du sorbet poire-litchi au citron lui rend le sourire. Comme à tout un chacun.
