Opportuniste et consciencieux, conformiste mais audacieux, Albert Speer, l'architecte personnel d'Hitler devenu ministre de l'Armement du IIIe Reich, était un homme de paradoxes. Le plus gênant d'entre eux étant que ce nazi de la première heure était un homme d'une culture et d'une intelligence supérieures. Ses Mémoires, publiés en 1969 après sa sortie de prison, connurent un grand retentissement. Au coeur du Troisième Reich, réédité aujourd'hui avec une préface inédite de l'historien Benoît Lemay, reste l'un des documents essentiels pour saisir de l'intérieur le fonctionnement de l'Etat nazi. Dans un style enlevé, Speer décrit les interminables dédales bureaucratiques, l'effroyable vie mondaine et la paranoïa générale entourant Hitler. Lucide et souvent implacable dans ses portraits, Speer fut cependant de ceux qui devinrent aveugles et collaborèrent au pire des régimes criminels. Ce technicien hors pair avait fini par oublier qu'il était aussi un homme.