Grande prêtresse de la presse française, mine d'or des maisons d'édition, Françoise Giroud laisse rarement échapper une rentrée littéraire. A 81 ans, cette travailleuse infatigable («Il a fallu des années... pour qu'une journée sans travail ne me paraisse pas perdue») nous livre quelques pans de son passé. Rien de très nouveau pour ses fidèles lecteurs qui auront notamment apprécié en leur temps Si je mens... (1972) et Leçons particulières (1990), récits d'une existence bien remplie. Pourtant, est-ce son ton? sa franchise? sa lucidité?, cet Arthur ou le bonheur de vivre (Fayard) devrait charmer jusqu'aux plus réfractaires. Humaine, formidablement humaine! Telle apparaît aujourd'hui l'autodidacte qui cumula les métiers et les responsabilités: scripte de Marc Allégret, rédactrice en chef de Elle, patronne de LEXPRESS, ministre de la Culture, auteur à succès... Son statut de mauvaise mère («D'abord, je ne l'ai pas aimé. Ensuite, je l'ai trop aimé, trop protégé. J'ai eu tout faux»), ses dépressions, ses tentatives de suicide, son analyse, son refus de la vieillesse («Renoncer enfin à sa capacité de séduction (...), c'est mourir à toute une part de soi-même»), tout - ou presque - est dit avec élégance et finesse.

Agrémenté de quelques portraits savoureux (JJSS, Lazareff, VGE, Mitterrand, BHL, Mauriac, Becker, Clouzot...), cet Arthur (nom de baptême de son ange gardien) s'affirme décidément comme une des bonnes surprises de la rentrée. Vive les octogénaires!