Alors que La Guerre des boutons de Louis Pergaud entre dans le domaine public, 70 ans après la mort de l'auteur, deux films sortent en salle à une semaine d'intervalle. Quel interêt de lire un livre qui met en scène des gamins de la fin du XIXème siècle?
Des gosses éduqués à la dure!
Ce que les enfants de La Guerre des boutons redoutent le plus, ce sont les représailles parentales. D'où la nécessité de constituer un "trésor de guerre" à base de boutons achetés grâce à de l'argent volé ou razziés. Il va servir à réparer tous les dégâts infligés par l'adversaire et ainsi éviter la rossée à la maison. Terrible description du système éducatif de l'époque : des parents qui ne cherchent pas trop à savoir ce que font leurs enfants dehors, mais qui leur tombent dessus pour un sou volé, un combat qui a mal tourné. Une plongée fascinante dans un monde disparu.
Aucune morale!
Les gamins décrits par Louis Pergaud sont violents : ils n'hésitent pas à se lancer des cailloux en pleine tête à coups de lance-pierre, à scier de hautes branches d'arbres pour faire tomber la vigie du camp adverse. Et même si finalement, les parents mis au courant de toute l'affaire punissent sévèrement leur progéniture, la guerre est vouée à recommencer quelques jours plus tard. Un peu comme dans le monde des adultes, en somme.
Un langage bien négligé!
Entamer la lecture de la guerre des boutons vous expose à un langage quasiment incompréhensible sans les nombreuses notes en bas de page. Premièrement, parce que ce sont des enfants, dont l'orthographe n'a pas grand chose à envier aux sms d'aujourd'hui, et que de nombreux mots se trouvent écorchés. Deuxièmement, parce qu'il s'agit bien d'un langage d'époque, fleuri d'expressions disparues. Des mots qui contribuent à rendre très réaliste le roman.
À côté du livre, les films sont po-si-tifs!
Yves Robert a ajouté quelques moments tendres dans son film qui reste à ce jour, l'adaptation au cinéma la plus connue. Il a aussi valorisé le personnage du mignon petit Gibus, qui n'a pas cette importance dans le livre et ne prononce pas non plus la phrase "si j'aurais su, j'aurais pas venu". Et les enfants de l'armée de Longeverne ne se privent pas non plus d'être misogynes, considérant les femmes comme "sales" et les reléguant à la couture de boutons. Pas question, comme dans le film de Yann Samuel, d'intégrer une fille dans l'équipe. Ni de protéger une jeune fille juive, amoureuse de Lebrac dans La nouvelle Guerre des boutons de Christophe Barratier. La Guerre selon Pergaud ne fait pas de cadeau.
