> Le succès de Stephenie Meyer est-il inédit dans la littérature «vampiresque»? Oui, même le best-seller de l'Américaine Anne Rice, Entretien avec un vampire, n'avait pas atteint de tels scores. Mais la saga de Stephenie Meyer n'est pas du même niveau littéraire. C'est quand même un peu guimauve, dans la veine du roman sentimental, où le vampire est très en vogue en ce moment. De même qu'il l'est dans les livres pour la jeunesse, avec Le Petit Vampire, Buffy contre les vampires, etc. Le succès du roman de Fred Vargas, Un lieu incertain, où il est également question de vampires, témoigne de l'intérêt actuel du grand public.

> Qu'est-ce qui, dans Fascination, plaît aux adolescents? Ils ont besoin de lire une littérature qui exclut le monde utilitaire de leurs parents, c'est pour cela qu'ils apprécient le fantastique, surtout avec une dimension romantique, comme c'est le cas ici. En fait, ce personnage du vampire a commencé à intéresser les jeunes à partir de la fin des années 1970, quand Anne Rice en a fait un homme beau, éternellement jeune, immortel, épargné par la maladie, une sorte de surhomme sympathique, en somme. Les jeunes lecteurs s'identifient plus facilement à ce vampire New Age qu'à la créature repoussante et satanique de Bram Stoker!

> La mode gothique a-t-elle à voir avec cet engouement? Peut-être, dans la mesure où la figure du vampire va de pair avec une certaine fascination pour la mort, précisément dans le sillage du gothique, qui exprime quelque chose de suicidaire et le rejet de notre société complètement obsédée par l'argent. Le vampire véhicule aussi l'idée d'une forme de décadence qui s'accorde particulièrement bien à notre époque.

* Jean Marigny est professeur de littérature anglo-saxonne et auteur du Vampire dans la littérature du xxe siècle (éd. Honoré Champion).