Et si Cortès avait été vaincu par les Indiens ? Et si Napoléon avait perdu à Austerlitz ? Les historiens anglo-saxons raffolent de ces exercices de simulation rétrospective appelés uchronies. Leurs collègues français commencent à s'y adonner, à l'instar de cette équipe internationale de chercheurs et d'étudiants dirigés par Jacques Sapir, économiste de formation et directeur d'études à l'EHESS ; Frank Stora, spécialiste des jeux de simulation, et Loïc Mahé, ingénieur informaticien, coauteurs de 1940. Et si la France avait continué la guerre..., un récit maîtrisé et plein de suspense, un exercice intellectuel stimulant ponctué de traits d'humour.

Futilité ? Non, il n'y a pas de jeu plus sérieux. "Cet exercice a avant tout pour but de préciser les responsabilités historiques de la classe politique française", souligne Jacques Sapir. La méthode ? Elle s'appuie sur une "enveloppe des possibles", série d'hypothèses tenant compte des contraintes matérielles et techniques, de la psychologie des dirigeants, des procédures de décision selon la nature du régime... Le scénario ? Il n'a rien de farfelu. L'hypothèse d'une poursuite de la guerre depuis l'Afrique du Nord a été envisagée par les principaux acteurs de l'époque, le général de Gaulle et Winston Churchill, rappelle dans la préface Laurent Henninger, chargé d'études à l'Institut d'études stratégiques de l'Ecole militaire.

Les travaux les plus récents des historiens autorisent un réexamen de cette période, souligne Jean-Pierre Azéma dans une interview à L'Express. Et pourquoi pas, donc, cet exercice d'histoire alternative ? Encore faut-il impérativement choisir un cadre réaliste. Le problème, ici, était de rendre crédible l'hypothèse qui l'était le moins : la volonté de résister des élites politiques. Les auteurs ont trouvé la solution : un Conseil des ministres dramatique, dans la soirée du 12 juin 1940...