Kim Thuy

A 53 ans, Kim Thuy a déjà eu plusieurs vies. D'abord à Saïgon, qu'elle fuit à l'âge de 10 ans ­- comme de nombreux autres boat people -­ pour rejoindre un camp de réfugiés en Malaisie, puis à Granby (Québec), où la famille s'installe. Après la linguistique, elle étudie le droit et exerce le métier d'avocate... avant de tenir un restaurant à Montréal. Autant d'expériences qui inspirent l'auteure. Son premier roman, Ru (2009), nourri de son parcours de réfugiée, devient vite un best-seller. Il obtient notamment le grand prix RTL-Lire au Salon du livre de Paris en 2010. Suivent d'autres ouvrages, qui traitent souvent de l'art culinaire mais surtout de l'exil et de la double identité, dont Mãn (2013) et Vi (2016). Son dernier livre, Em (2020), n'échappe pas non plus au questionnement sur l'exil et le déracinement.

Dany Laferrière

Dany Laferrière poses

Dany Laferrière poses

© / The Yomiuri Shimbun via AFP

Elu à l'Académie française en 2013, Dany Laferrière est né en 1953 à Port-au-Prince. Il fuit la dictature de Duvalier en 1976 pour s'installer à Montréal, où il devient ouvrier, puis chroniqueur littéraire et politique. Son premier livre, Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer (1985) ­ satire des stéréotypes racistes ­, le fait remarquer pour son style d'écriture provocateur. En 2009, il reçoit le prix Médicis pour L'Énigme du retour. Toujours proche d'Haïti, il témoignera dans Tout bouge autour de moi du tremblement de terre de janvier 2010. Mais son attachement au Québec lui inspire aussi Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo (2015), 300 pages qu'il décrit comme une longue lettre d'amour à la province (et une liste de conseils pour s'intégrer). En 2018, il publie un premier roman dessiné, Autoportrait de Paris avec chat, suivi, entre autres, de L'Exil vaut le voyage (2020).

Joseph Boyden

Joseph Boyden

Joseph Boyden

© / Aurimages via AFP

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De ses racines écossaises, irlandaises et, selon lui, amérindiennes, Joseph Boyden, né à Toronto en 1966, préfère ces dernières, au point de se coiffer à l'iroquoise au lycée. Son premier roman, Le Chemin des âmes (Three Day Road), est une fiction historique sur le parcours de deux jeunes Cree, engagés volontaires durant la Première Guerre mondiale et inspiré de celui, bien réel, de Francis Pegahmagabow, un soldat ojibwé multidécoré. L'ouvrage, le premier d'une trilogie, lui vaut le prix Amazon en 2006. Suivent Les Saisons de la solitude (Through Black Spruce, 2008), salué par Jim Harrison et le Giller, plus grand prix littéraire canadien, puis Dans le grand cercle du monde (The Orenda, 2013). Entre beauté et violence, cette saga familiale raconte aussi celle des Indiens du continent nord-américain.

Michael Ondaatje

Michael Ondaatje

Michael Ondaatje

© / Aurimages via AFP

Le multiculturalisme, le goût des autres, le retour au pays natal et à celui de l'enfance imprègnent l'oeuvre de Michael Ondaatje, né en 1943 à Colombo (Sri Lanka). Immigré en Angleterre, puis au Canada, il se fait d'abord poète, puis écrivain. Le hors-la-loi Billy the Kid, en 1971, et le musicien Buddy Bolden, en 1976, l'inspirent, mais c'est avec son roman The English Patient qu'il décroche le prestigieux Booker Prize britannique, en 1992 ­ une première pour un Canadien. Il se fait ensuite connaître dans le monde entier à travers le film du même nom, en 1996. Son roman Le Fantôme d'Anil (2000) est couronné par le prix Giller puis par le Médicis étranger. Autant de succès qui lui donnent "la liberté", dit-il, même s'il a continué pendant des années à se consacrer à l'enseignement et à travailler pour le magazine littéraire Brick.

Julie Doucet

Julie Doucet

Julie Doucet

© / AFP

Grand Prix du festival d'Angoulême 2022 pour l'ensemble de son oeuvre, Julie Doucet, née en 1965 à Montréal et formée aux arts graphiques, s'est lancée dès les années 1990 dans des fictions très personnelles -­ parfois crues -­ dessinées au feutre noir. Elles prennent d'abord la forme de fanzines bilingues que l'auteure imprime et distribue elle-même, puis de BD. "Un exutoire pour ne pas être invisible", explique-t-elle. La maison d'édition française L'Association la repère et la publie. Dix ans plus tard, elle quitte la BD pour se consacrer à l'art imprimé. Seul l'attentat contre Charlie Hebdo, dont elle était une fidèle lectrice, la ramènera au 9e art. Une anthologie de ses BD est parue dans l'Hexagone en 2021.