I.H.-L.: Par principe, je suis contre les spin-offs, les reboots, les prequels et les sequels de créations originales... Ces produits dérivés ne sont souvent que le symptôme d'une industrie à bout de souffle, sommant ses scénaristes de faire du neuf avec du vieux.
Fear the Walking Dead, le prequel du carton planétaire The Walking Dead, échappe à la règle en étant radicalement différent de sa grande soeur. Tout d'abord, tu ne pourras pas nier que cette série, dont l'histoire débute aux prémices de l'invasion de morts-vivants, fait bien plus peur que The Walking Dead... Jamais, je n'ai été autant secoué devant une télévision.
V.T.: Au début, oui, car on connaît les conséquences d'une morsure faite par un infecté - contrairement aux personnages, inconscients du danger et donc imprudents. Mais une fois la curiosité passée, Fear... ne devient qu'une variante presque banale de The Walking Dead, et la tension retombe.
Les zombies sont certes tout aussi impressionnants mais, pour moi, les personnages les plus effrayants dans la série originelle ont toujours été les êtres humains, cruels et pervers. Ici, les méchants n'arrivent pas à la cheville d'un Gouverneur ou d'un Negan. Sans compter qu'aucun des "gentils" n'est attachant, au point que je me fiche totalement qu'ils se fassent bouffer.
Quelques morts-vivants aquatiques...
I.H.-L.: J'ai l'impression que tu es passée à côté du vrai sujet de cette série. Depuis les premiers films de George A. Romero, les zombies - ou les morts-vivants - ont toujours servi de prétexte pour montrer les ambiguïtés de la nature humaine et certains dysfonctionnements sociaux. Ici, les scénaristes donnent à voir comment réagissent des familles recomposées en période de crise.
Les nouveaux liens créés à l'occasion d'un remariage peuvent-ils compter autant que les liens du sang? C'est cette question passionnante, jamais résolue, qui traverse tous les épisodes de Fear the Walking Dead. Et c'est en ce sens qu'elle se démarque profondément de The Walking Dead.
V.T.: C'est vrai que la télé manque de séries sur les familles dysfonctionnelles. Si Fear... pense trouver son identité et son indépendance avec cette seule question, elle est mal partie, car elle la traite de façon anecdotique avec des personnages très fades, et la relègue en intrigue secondaire dès la saison 2.
De plus, Madison et Travis ne sont pas mariés et n'ont pas d'enfants en commun. Il n'est donc pas difficile de savoir quels liens vont primer vis-à-vis de leurs enfants respectifs. Fear... était censée se centrer sur les prémices de l'apocalypse zombie, mais tout a été expédié en six épisode! Et elle ne dit rien de plus sur la nature humaine par rapport à The Walking Dead. La seule réelle nouveauté consiste en quelques morts-vivants aquatiques. Ça flotte, ça coule.
Fear the Walking Dead, saison 2, 2e partie, à partir du 23 août à l'heure US sur Canal+ Séries.
