Treize comédiens, de Mathieu Amalric à Lambert Wilson en passant par Sabine Azéma, Anne Consigny ou Michel Piccoli, sont réunis dans la maison d'un metteur en scène fraîchement décédé. Celui-ci leur confie une mission testamentaire: assister à la captation d'Eurydice, pièce de Jean Anouilh, jouée par une jeune compagnie, et, selon leur avis, donner leur aval à celle-ci. La projection à peine commencée, les "anciens" ne peuvent s'empêcher de rejouer à leur tour la belle et triste histoire d'amour d'Eurydice et Orphée...
Voilà pour le résumé de Vous n'avez encore rien vu, qui porte bien son titre car ledit résumé justement, n'est qu'une indication d'usage. Il s'agit d'un film d'Alain Resnais. Or, Alain Resnais ne fait rien comme personne, s'affranchit de tout consensus, met en scène comme bon lui semble -et il a raison, car cela semble bon, et même excellent. A la captation ultra-moderne et pertinente mise en image par Bruno Podalydès, et projetée aux comédiens, Resnais oppose sa vision du cinéma et du théâtre où tout est faux sauf les sentiments. "Oppose" est impropre, d'ailleurs. Resnais n'est pas un donneur de leçon. Au contraire. Il propose, il offre, il transmet. Il joue avec les corps, malaxe les images, use du splitscreen (écran partagé en plusieurs images), ferme un plan à l'oeilleton, trafique grossièrement des incrustations... Bref, il s'amuse !
A bientôt 90 ans, Alain Resnais est le plus vif et le plus inventif de tous les cinéastes français. Vous n'avez encore rien vu prouve une santé intellectuelle olympique. C'est un hommage au verbe, un hymne au cinéma, une déclaration d'amour au théâtre. Autant de passions que Resnais a l'élégance et l'art de communiquer de façon ludique et artistique. En cinq mots comme en cent, c'est une Palme d'or rêvée.
