Le plus beau film de l'année. Le plus intelligent. Le plus fort. Le plus poétique. Drôle, citoyen, humaniste, surprenant, émouvant. Le dictionnaire s'épuiserait qu'il faudrait encore inventer des mots. Une dernière révérence pourtant avec applaudissements et respect : il y dans Timbuktu, d'Abderrahmane Sissako une scène -la partie de football- qui est, pour moi, parmi les plus belles jamais vues au cinéma depuis toujours. Une scène simplement sidérante. D'une force humaine, d'une portée politique et d'une magie esthétique incroyables. Deux minutes d'un bonheur renversant. Quand l'art en général, et le cinéma en particulier, est porté à un tel degré d'absolu, tout va presque mieux.

Presque, évidemment. Timbuktu raconte un lieu, des instants, des hommes et des femmes, au moment où débarquent dans un village des djihadistes et, dans leur sillage, l'injustice, l'aveuglement, la bêtise. La vie se transforme en enfer, puis en résistance, enfin en lutte. Abderrahmane Sissako filme ces jours qui ressemblent aux nuits en un récit qui embrasse le quotidien des uns et des autres et suit Kidane, un Touareg, bientôt accusé de meurtre, emblème des questions d'aujourd'hui, des contradictions du monde et de l'opposition entre ce singulier et ce discours si intolérant qu'il en devient absurde.

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Mais le plus extraordinaire dans Timbuktu, c'est que Sissako transcende le romanesque, aussi bien l'acte militant et le réalisme social, évite le pensum et le coup de poing souvent vain, pour livrer un film qui joue et déjoue les ruptures de tons, entre poésie, sourire, larmes douces et phrases brutales.

Sissako s'applique à trouver l'équilibre entre les images et leur revers, les mots et leurs ombres, la métaphore et la trivialité, pour offrir une oeuvre toujours accessible, profonde, juste, qui contrarie le récit linéaire pour constamment permettre au regard d'être conscient. Voir Timbuktu est obligatoire. Parce que la lumière éclaire les âmes et les coeurs. Parce que l'intelligence fait pousser des fleurs dans la boue la plus noire.