Après le succès de The Artist, Michel Hazanavicius aurait pu choisir la facilité. Lui, qui maîtrise si bien le timing de la comédie s'est lancé dans un drame de guerre. Un film manifeste qui embrasse une page très récente de notre histoire -le conflit en Tchétchénie-, comme savent le faire les Américains. Pour ça, déjà, chapeau !

Son film inspiré des Anges marqués (Fred Zinnemann, 1948), suit la rencontre entre un orphelin tchétchène et une chargée de mission de l'Union européenne (Bérénice Bejo). Il a vu ses parents massacrés devant lui et cherche à échapper aux Russes, elle tente de recueillir suffisamment de témoignages pour faire évoluer la diplomatie européenne, qu'on sait lente et difficile à convaincre. Réfugié dans le silence, le gamin s'accroche à cette femme qui ressemble à une dernière parcelle d'humanité. L'histoire est tendre, touchante, jamais dans le pathos.

Mais Hazanavicius a surtout la bonne idée d'y croiser le destin d'un jeune soldat russe embarqué de force dans la guerre. Faisant ainsi taire les critiques qui l'accuseront de faire un film à sens unique, mais surtout pour montrer que la violence attaque les "bons" comme les "méchants". Les scènes les plus choc n'ont-elles pas lieu au camp d'entraînement où la jeune recrue passe par une phase de bizutage extrême ? Hazanavicius réussit aussi une construction narrative en boucle d'une séquence d'ouverture très violente qui prend tout son sens après 2h14 de projection.