Les génies sont des gens détestables. D'abord, parce qu'ils donnent aux autres l'impression d'avoir un QI de pelure de patate. Ensuite, parce qu'ils ne font jamais rien comme tout le monde. Le Britannique Alan Turing était de ceux-là. En pire. Reconnu, tardivement, pour avoir cassé le code d'Enigma, la machine à crypter les messages de l'armée allemande, lors de la Seconde Guerre mondiale, il était asocial et arrogant. Un vrai personnage de cinéma.

Morten Tyldum, réalisateur norvégien, dont les précédents films sont inédits en France, le met entre les mains de Benedict Cumberbatch. Un acteur étrange et captivant, révélé par la série Sherlock. Il est fascinant dans le rôle du prodige des maths. Le geste économe, le regard éloquent dans un visage de pierre, il réinvente un Turing fébrile, insolent, obsédé par le déchiffrage des codes d'Enigma, étranger aux convenances, replié sur ses blessures et ses secrets.

Au-delà du thriller au suspense électrisant à la mise en scène conventionnelle, c'est le portrait bouleversant d'un paria que brosse le cinéaste. D'un homme rejeté par tous depuis toujours, d'un homosexuel aux amours alors interdites par la loi. Le film est cité huit fois pour les Oscars. Logique.