Et un...

Parce que le scénario est imparable. Chez les Bélier, tout le monde est sourd-muet sauf Paula, 16 ans, qui sert de traductrice à ses parents, agriculteurs. Grâce à un prof de chant, elle se découvre une voix exceptionnelle et se retrouve face à un dilemme : concourir pour intégrer la chorale de Radio France, à Paris, ou rester aider sa famille si soudée. De la bienveillance, de l'humour, des sentiments, de la campagne... La recette n'est pas loin.

La mayonnaise ne s'est pourtant montée qu'au feeling. Celui de Victoria Bedos, 30 ans, fille de et soeur de. En 2010, elle croise le producteur Eric Jehelmann, à la recherche d'"histoires humaines et positives". "L'assistante de mon père est une Coda, une entendante née dans une famille de sourds, raconte Victoria Bedos. J'ai imaginé une ado faire sa crise d'ado dans ces conditions."

Ce seul postulat lui vaut un rendez-vous immédiat avec Stéphane Célérier, distributeur en cheville avec Jehelmann. Elle brode comme elle peut : "Comme je sortais d'un cours de chant, j'ai ajouté que l'héroïne se mettait à chanter." Célérier et Jehelmann adorent l'idée et financent l'écriture. Trois ans de boulot et trois personnes pour l'aider : d'abord Stanislas Carré de Malberg, puis Thomas Bidegain, plume attitrée de Jacques Audiard, et le réalisateur Eric Lartigau. Il faut ce qu'il faut.

Et deux...

Parce que c'est un film populaire. Autant que peut l'être le répertoire de Michel Sardou interprété par Louane Emera, demi-finaliste en 2013 de The Voice, aujourd'hui Paula dans La Famille Bélier. Lors de la centaine d'avant-premières organisées à travers la France, beaucoup de spectateurs ont quitté la salle les yeux humides en fredonnant Je vole, de Sardou. On a même vu des plumitifs gradés refaire La Maladie d'amour.

S'ensuit un concert de louanges sur les réseaux sociaux. Avec toutefois une fausse note : des sourds-muets fustigent Eric Lartigau d'avoir choisi Karin Viard et François Damiens pour jouer les parents. "Les plus radicaux refusent de voir le film, constate le cinéaste.

Les autres, d'abord sceptiques, sortent enthousiastes. On l'a vérifié à Quimper, dans une salle remplie de malentendants. Ils se rendent compte que le film crée un pont entre eux et nous." "Le contexte est une métaphore, ajoute Victoria Bedos. Tous les adolescents du monde ont l'impression qu'on ne les entend pas."

Et trois... millions de spectateurs!

Parce qu'entre l'affiche efficace (la famille tout sourire en gros plan), la bande-annonce qui tourne en boucle depuis trois mois et les 548 copies prévues, le film est bien vendu. Et acheté partout ! La Famille Bélier sortira dans 80 pays, dont les Etats-Unis, où il sera distribué par Lionsgate (Twilight, Divergente), avant de faire l'objet d'un remake. "On est tous passés par la case ado, explique Eric Lartigau. Le sujet est universel." Et traité avec sincérité, il devient fédérateur. C'est tout ce qu'il mérite.