Les habitants de Villiers-sur-Marne risquent bien d'être déçus. Jacques-Alain Bénisti, le maire de cette commune située dans le Val-de-Marne, a annulé la programmation de Timbuktu, rapporte ce vendredi Le Parisien. L'élu UMP craint que le film, signé du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, ne "fasse l'apologie du terrorisme" à la suite de la série d'attentats qui ont eu lieu à Paris la semaine dernière.
Sorti le 10 décembre, le long-métrage devait initialement être projeté au cinéma municipal de la commune, entre mercredi et samedi. Une décision radicale qui intervient alors que le maire n'aurait pas vu le film, selon Le Parisien.
Quel est le scénario du film?
L'histoire se déroule dans un petit village du Nord Mali. Alors que les habitants vivent paisiblement, les djihadistes débarquent et imposent un régime de terreur sans précédent. Les loisirs, comme le football ou la musique, sont bannis. Les extrémistes instaurent les mariages forcés et dictent leur loi aux tribunaux. Les femmes, qui subissent des humiliations au quotidien, sont contraintes de porter le voile. Malgré la situation, les habitants tentent par tous les moyens de résister à cette terrible répression. Comme un symbole, certains enfants de la ville finissent par jouer au football sans ballon.
Timbuktu se concentre plus particulièrement sur Kidane, un éleveur touareg. Avec sa femme et sa petite fille, ils vivent dans le désert, loin du chaos imposé par les extrémistes. Mais alors qu'ils pensent être épargnés, tout va basculer à la suite d'une querelle avec un pêcheur. Kidane et sa famille finiront, eux aussi, par subir le régime des djihadistes. Avec ce film, Abderrahmane Sissako a souhaité rendre hommage à la résistance malienne après l'arrivée des djihadistes durant l'été 2012.
Que lui reproche le maire de Villiers-sur-Marne?
Cette décision de Jacques-Alain Bénisti est, selon lui, le fruit des attaques terroristes dont a été victime la France la semaine dernière. "C'est une mesure de sécurité eu égard aux événements [...] Je n'ai pas reçu de menace mais j'ai peur que ce film ne fasse l'apologie du terrorisme", déclare-t-il au Parisien. Pour lui, il n'est "juste plus possible de le diffuser maintenant". Au micro de RMC ce vendredi, l'élu de Villiers-sur-Marne a précisé ses propos en indiquant que "Timbuktu sera reprogrammé dans une ou deux semaines".
Dans cette commune de près de 28 000 habitants, l'opposition municipale ne comprend toujours pas cette décision. "Nous étions en accord avec le maire sur le fait de ne rien céder [...] Et ne rien céder, c'est aussi poursuivre la diffusion de ce genre de film", peste l'élu socialiste Frédéric Massot, au Parisien. Joint au téléphone par Le Monde, ce dernier estime que ce geste "n'est pas une démonstration de courage à l'égard de ce qui nous menace, de ce djihadisme qui menace en premier lieu les musulmans".
Cette volonté du maire de la ville va à l'encontre de la philosophie même du film. Le 10 décembre, lors de la sortie de Timbuktu au cinéma, Abderrahmane Sissako affirmait: "Je n'ai pas l'intention de sublimer cette violence."
Qu'en disent les critiques?
Depuis sa présentation au Festival de Cannes en mai dernier, les critiques sont toutes élogieuses. Même s'il n'avait pas obtenu la précieuse Palme d'or, le film avait été encensé de toutes parts. L'Express, qui a vu Timbuktu, estime qu'il "éclaire les âmes et les coeurs". Voir ce film relève même de "l'obligation", selon Eric Libiot. Le rédacteur en chef Culture de L'Express a d'ailleurs tenu à réagir à la décision du maire de Villiers-sur-Marne de repousser la diffusion du film.
Pour les Inrockuptibles, Abderrahmane Sissako a réalisé "une fresque poétique et déchirante". "Ce qu'a fait Sissako, ce n'est pas la capture d'un moment contemporain, mais celle d'un mythe éternel", écrit le journaliste.
Selon Le Monde, "le film tend vers la douceur et l'équilibre". Dans son article, le journal salue "la force de l'art, face au djihadisme". Jeudi, Timbuktu a été sélectionné pour les Oscars 2015 dans la catégorie meilleur film étranger. Arrivera-t-il, cette fois-ci, à décrocher le précieux sésame?
