George Miller ou la cure de jouvence sur grand écran! À regarder Mad Max: Fury Road, on pourrait se dire qu'il ne s'est rien passé (ou presque) dans le cinéma depuis le troisième volet de la saga... il y a tout juste trente ans. Fast & Furious? Relégué au niveau de Oui-Oui et son taxi. Dès 1979, George Miller avait réinventé le film de bagnoles. Et depuis, tout n'était que littérature. Jusqu'à ce Fury Road. Quel film! Quelle séquence d'ouverture, d'une trentaine de minutes, totalement furieuse, modèle de mise en scène, de découpage et de montage!

Tôle froissée avec maestria

En retrouvant son alter ego, Max Rockatansky, le réalisateur australien de 70 ans n'a pas cédé aux sirènes de la réinterprétation, de la modernisation. Peu ou pas d'effets spéciaux numériques, Miller casse de la tôle en direct avec une infinie maestria technique, plonge son épopée dans un bain de hard-rock en fusion, fonce tête baissée dans ce qui rend l'univers de Mad Max unique au cinéma: un western post-apocalyptique désespéré, jouissif et terrifiant, réquisitoire sur la violence, l'écologie et même le féminisme. Car, dans Fury Road, les ressources vitales sont toujours l'enjeu d'une lutte forcenée. Et ce sont les filles qui sauveront l'humanité, puisque c'est clairement la gent féminine qui prend le pouvoir dans ce Mad Max.

Charlize Theron est encore une fois étonnante, ici en rebelle stérile qui prend sous son aile les jeunes épouses d'un despote démoniaque, bien décidées à recouvrer leur liberté. Face à elles, Max fait plus que jamais office de paumé qui s'en prend plein la gueule, lui qui rêve encore d'un (tout petit) peu d'humanité. Avec sa tête de chien battu posée sur une montagne de muscles, Tom Hardy amène toute sa fragilité, sa grâce, même, à cet antihéros dépressif. À coups de baston et de grognements, ces deux écorchés vifs finiront bien par se trouver, jusqu'à cette presque déclaration d'amour surréaliste par veines interposées. Le duo Hardy-Theron (deux acteurs qui en ont sous la pédale) constitue la trouvaille et le ressort idéal d'un film profondément humain, lancé à toute berzingue vers le néant. Spectaculaire, évidemment. Hallucinant, définitivement.