Pour raconter l'histoire de Malik, les scénaristes d'Un prophète se sont largement inspirés de la réalité des prisons françaises. Leur jeune héros, condamné à six ans de réclusion criminelle, purge sa peine dans une centrale, reconstituée pour l'occasion, ressemblant comme une soeur aux véritables établissements pour longues peines. Travail de documentation, témoignages d'anciens détenus et de surveillants, visites de lieux d'incarcération, ils n'ont rien négligé pendant les trois années de préparation. "Le souci du détail est un plus dans une fiction: il favorise la dramatisation", estime Thomas Bidegain, qui a coécrit la version finale de l'histoire au côté du réalisateur, Jacques Audiard.

A plusieurs reprises, les scénaristes ont été accueillis dans des prisons suisses. En France, ils ont pu visiter le plus grand centre pénitentiaire d'Europe, à Fleury-Mérogis (Essonne), et l'ancienne maison d'arrêt d'Avignon (Vaucluse), fermée pour vétusté en 2003. Le Guide du prisonnier, publié par l'Observatoire international des prisons (OIP, ONG vouée à l'examen et à la critique des conditions de vie carcérale), figure parmi les références des auteurs.

Au sein même de l'équipe de tournage, l'aide d'un technicien, ancien détenu, s'est révélée capitale. "Il nous a dessiné sur une feuille à carreaux le plan d'une prison, avec la cour de promenade, les bâtiments de détention, etc. Nous avons suivi ses indications pour construire le décor", explique Thomas Bidegain. "Nous lui avons aussi posé des questions élémentaires sur la vie quotidienne en détention", ajoute-t-il.

Auteur de l'idée originale, Abdel Raouf Dafri, l'une des valeurs montantes du film de genre (il a notamment écrit Mesrine), a puisé dans ses souvenirs de jeunesse. Né à Marseille, grandi à Lille dans l'univers des quartiers sensibles, le scénariste n'a pas connu la prison, à la différence de plusieurs de ses amis d'enfance. "La criminalité, ironise-t-il, c'est comme le sport de haut niveau: il faut commencer jeune. J'ai remarqué que ces gars-là sortaient de prison plus "malins" qu'ils n'étaient entrés. Ils n'étaient pas capables de remplir une feuille de sécu, mais connaissaient toutes les arnaques."

Dans le film, le professeur de criminalité est une figure du banditisme corse, César Luciani. "Avec le rôle du vieux caïd corse, je voulais incarner un pouvoir vieillissant bousculé par les valeurs montantes, quitte à jouer avec les clichés", reprend Dafri. La revanche de la ruse sur la force? "Je suis plus Michael Corleone que Tony Montana", résume cet admirateur du grand cinéma américain.