Un : Gilles Lellouche poursuit Vincent Lindon, qui poursuit le méchant, qui poursuit le fils de Vincent Lindon. Deux : des méchants poursuivent Vincent Lindon et Gilles Lellouche, qui poursuivent un méchant. Trois : Gilles Lellouche poursuit les méchants qui poursuivent Lindon, qui prend le train. Voilà - résumé - Mea Culpa, de Fred Cavayé. Les gens y courent après leur passé, derrière leur avenir, à côté des balles, pour se refaire une vie. Le temps, lui, court toujours plus vite.
C'est con. Je me moque. Un peu. D'accord. Mais Mea Culpa offre les coups de bâton sur un plateau. Voilà un thriller fabriqué en trois longues scènes d'action que relie une intrigue grossièrement ficelée. Il y est question d'un gamin témoin d'une exécution que les tueurs vont rechercher; son père est un ancien flic passé par la case prison, dont le pote fidèle est toujours de la maison Poulaga. Le frigo est rempli : trauma originel, personnages féminins évacués, dents serrées, mots comptés.
En trois films, Fred Cavayé s'est fait spécialiste du polar. Pour elle alliait une belle intrigue et une réalisation tenue, A bout portant flirtait avec les clichés mais se peignait d'une jolie couleur noire. Mea Culpa est écrit sur un mégot mais sa mise en scène, dans les scènes d'action, est impressionnante. Vraiment. Du grand art. Elle seule sort le film hors de l'eau, porté par Lindon et Lellouche, qui font le boulot.
Scénario n'est pas un gros mot
Mais si Fred Cavayé pense que la forme peut tout faire oublier, il se trompe. Le film de genre, à ce point cadré qu'il se doit de tenir ses promesses, oblige à une invention dramatique de tous les instants. Scénario n'est pas un gros mot, même si, et là je digresse, il n'en a jamais été question dans les divers colloques consacrés au cinéma de demain, ce qui est lamentable, mais peut-être symptomatique d'une profession qui s'en soucie encore trop peu.
Fred Cavayé se compte donc parmi ceux de ses pairs qui cadrent un flocon de neige en pensant y réunir Kubrick et Balzac. Sauf qu'il fait l'inverse, filmant (brillamment) une descente olympique sur une piste bleue. Pas toujours facile à croire non plus.
