Jadis cantonnés aux rôles de faire-valoir ou suscitant la pitié, les handicapés sont désormais les véritables héros de comédies à succès, à la grande satisfaction des associations. Depuis une dizaine d'années, plusieurs comédies (populaires, trash ou d'humour noir) s'appuient sur des personnages handicapés pour faire rire, non pas sur eux mais avec eux. Après le raz-de-marée d'Intouchables, dont la vedette est un tétraplégique, La famille Bélier sorti ce mercredi 17 décembre et déjà 117 000 entrées pour son premier jour, met en effet en scène une famille de sourds.

"Sortir d'une vision misérabiliste"

Dès 2003 aux Etats-Unis, les frères Farrelly, réalisateurs iconoclastes et provocs, construisent le scénario de Deux en un autour de frères siamois, partis à la conquête de Hollywood. Prétexte à un jeu de massacre pour se ficher de la tête de la télé, des sitcoms, de la célébrité et de l'usine à paillettes.


>> Lire notre interview d'Eric Lartigau, réalisateur de La famille Bélier

En France, Intouchables, sorti à l'automne 2011, immense succès public, "a été un vrai tournant", estime Eric Blanchet, directeur général de l'Association pour l'insertion des personnes handicapées (ADAPT). "La présence de personnages handicapés dans des comédies, des films d'action, voire des films d'horreur, permet de sortir d'une vision misérabiliste".


Méchant, obsédé, victime, ça c'était avant

Dans The cinema of isolation, un livre non disponible en français, le professeur Martin Norden, spécialiste de la question, liste les stéréotypes sur les handicapés véhiculés depuis ses débuts par le cinéma: le vengeur obsédé (Quasimodo 1939), la victime innocente (Johnny Belinda 1948), le personnage mi-sage mi-saint (Le coeur est un chasseur solitaire 1968)...

Il a aussi été souvent représenté sous la forme du méchant, note Diane Maroger, présidente de l'association Retour d'image, consacrée au cinéma et au handicap, qui cite par exemple le paralytique nazi dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick (1964).

Pendant longtemps, le handicapé qui suscitait le rire le faisait à ses dépens, avec par exemple le comique dit "slapstick" aux Etats-Unis, ajoute Diane Maroger. Exemple typique: un sourd se prend un objet volant dans la figure car il n'a pas entendu les mises en garde de ses compagnons.

"Le vent a tourné"

Intouchables et La famille Bélier visent un public familial mais elles se distinguent, elles aussi, par l'absence de pitié ou de mièvrerie: "pas de bras, pas de chocolat" lance ainsi Driss, auxiliaire de vie, à son riche patient tétraplégique, dans Intouchables.

"Les comédies touchent un large public, c'est un bon vecteur pour changer le regard (sur le handicap). Le problème du handicap, c'est que c'est un monde fermé" et tout ce qui ouvre ce monde est le bienvenu, souligne Eric Blanchet. Avec une comédie, "on n'est plus dans la compassion, la pitié et le mélodrame. Ca fait du bien de voir combien le vent a tourné", ajoute Diane Maroger.