On avait pu noter dans Precious, une légère propension de Lee Daniels à l'exagération: à 16 ans, son héroïne noire était pauvre, analphabète, battue par sa mère, violée par son père et mère de deux enfant dont une trisomique. Dans Paperboy, le problème est un peu différent: le réalisateur change de sujet toutes les trente minutes.
En racontant l'histoire de ce journaliste retournant dans son village natal de Floride pour enquêter sur un jugement expéditif qui a abouti à une condamnation à mort, Lee Daniels aborde, par ordre d'apparition à l'écran, la peine de mort, le racisme, la condition des Noirs mais aussi l'homosexualité dans l'Amérique des années 60. Matthew McConaughey est ce journaliste, qui va se faire aider par son frère resté au bercail, incarné par Zac Efron. Lequel va tomber amoureux de la Barbie -Nicole Kidman- fiancée au condamné -John Cusack. Tout ce beau monde ne convainc guère. Baignant dans une poisse à peu près aussi factice que celle de Sur la route, vu également à Cannes cette semaine, ils ne sont pas dirigés de manière à pouvoir sortir du répertoire qu'on leur connaît déjà. Petit bonus en forme de scène culte: Zac Efron, en slip pendant la moitié du film, se fait faire pipi dessus par Nicole Kidman sur la plage. Et si l'actrice aspire visiblement à livrer une performance inoubliable, elle n'ose cependant pas la moitié de ce qu'avait tenté Halle Berry dans le pourtant irritant A l'ombre de la haine. Ce film résonnant d'ailleurs ici comme une référence permanente, on ne sera pas surpris d'apprendre qu'il avait été produit par ce même Lee Daniels.
