On aime, chez Wes Anderson, sa propension à traiter par l'absurde le rêve américain de la famille idéale et du travail bien accompli. Ses héros sont des marginaux sympathiques qui dynamitent le système. Il en est de même dans Moonrise Kingdom, où deux enfants mettent toute une région sens dessus dessous. Un jeune scout orphelin détesté par ses camarades et une ado en rébellion fuguent pour fuir les adultes. Ils sont poursuivis par un chef scout totalement débordé (Edward Norton, parfait), un flic amoureux (Bruce Willis à l'opposé de ses rôles de tough guy) et une responsable des services sociaux qui rêve de mettre les enfants en pensionnat (Tilda Swinton, hystériquement hilarante). Pas étonnant, dans ces conditions, que les enfants aillent mal. Le film, situé dans les années 60, se lit comme un conte moral sur l'éducation et le rapport à la jeunesse. Wes Anderson amplifie l'aspect fable de son histoire par sa mise en scène surréaliste, très dessinée, au ton similaire à Fantastic Mr. Fox, son adaptation animée de la nouvelle de Roald Dahl. Moonrise Kingdom aurait presque pu être un dessin animé ! Un regret, cependant: à trop creuser le sillon du symbole, Wes Anderson oublie de rendre ses personnages attachants et coupe le spectateur de toute émotion. Le réalisateur referme alors le livre de contes comme il l'avait ouvert: sur une pirouette.
