Les enjeux : Et si on faisait le doublé ? Après la Palme d'or d'Entre les murs qui mettait un terme à près de 20 ans de disette pour la France, Un prophète, présenté hier et accueilli avec enthousiasme à Cannes, mériterait le même sort. Trop tôt pour l'affirmer, certes, mais juste à temps pour le dire. Tarantino, Lars von Trier et consorts ont intérêt à sérieusement nous épater. Audiard vient, en effet, de placer la barre très haut.
Les moins : A ce stade de notre appréciation, difficile de trouver des points faibles à ce Prophète!
Les plus : Avec Un Prophète, le cinéaste français vient assurément de passer un cap. A tous les niveaux. Ainsi, sa mise en scène volontairement étouffé et étouffante n'a paradoxalement jamais semblé aussi libre. Comme si en choisissant de s'enfermer entre les quatre murs d'une prison (lieu quasi unique du film), sa caméra, à l'image des protagonistes, cherchait à exploiter la moindre respiration. Audiard s'immerge avec brutalité dans l'univers carcéral et en révèle sa vie souterraine (ses clans, son économie parallèle, ses codes...) et surtout ses hommes obligés de choisir leur camp pour survivre. Au milieu de ce cercle de l'enfer, émerge Malik, à peine majeur et tout à apprendre d'un monde dont il ne connaît presque rien. Un monde labyrinthique dont il cherche patiemment les issues possibles. Comme avec De battre mon coeur s'est arrêté, Audiard s'intéresse à l'apprentissage de son personnage et à son émancipation de la figure paternelle encore une fois dévolue au roc Niels Arestrup (formidable). Malik est lui incarné par un inconnu qui déjà ne l'est plus : Tahar Rahim. Sur 2h30 de film, on suit avec passion la mue de ce jeune homme. Un vrai choc.
Note:Palme d'or