Le Woody Allen nouveau est arrivé. C'est un exercice d'équilibriste, fil tendu entre romance et thriller. Abe, professeur de philosophie précédé d'une réputation sulfureuse, déboule sur le campus d'une petite université en bord de mer. Dépressif, alcoolique, désabusé, il ne vit que par habitude, tous désirs éteints. Une collègue mal mariée se coule dans son lit, presque à son corps défendant. Une étudiante plus ou moins fiancée s'en entiche, éblouie par son intelligence, émue par ses confidences désenchantées. Triangle amoureux, comédie romantique, rengaine connue.
On l'attendait étincelante, elle est vitreuse, mais rattrapée au collet par Joaquin Phoenix, la déglingue bedonnante plus vraie que nature, Parker Posey, toute de finitude tragique, et Emma Stone, soleil miniature révélé dans Magic in the Moonlight, le précédent film d'Allen. L'histoire aurait pu continuer sur le même thème, elle vire au goudron sans faire-part. Meurtre et renaissance, ou comment retrouver la joie de vivre dans le crime. Woody Allen à son meilleur, cynique, déroutant, la mise en scène joueuse. Jusqu'à la fin, abrupte et réjouissante de noirceur. Le funambule a rejoint la terre ferme. On a eu peur.
