À force de la voir jouer avec les extrêmes, on avait presque oublié qu'Isabelle Huppert était une actrice capable de nuance et de légèreté. Si ce triple rôle (le film est composé de plusieurs segments différents), ne lui fera sans doute pas décrocher une troisième fois la lune, l'apparente modestie de cette composition devrait faire date et lui ouvrir un peu plus un champ des possibles déjà immense.

Ce doux bouleversement, elle le doit bien-sûr à l'intelligence du sud coréen Hong Sang-soo (La femme est l'avenir de l'homme, Hahaha, Oki's movie...) dont le cinéma volontairement ludique sait révéler sans crier gare les hésitations et les errances de l'âme humaine. Le film suit l'imaginaire d'une jeune femme tout juste installée dans une petite station balnéaire, qui écrit le scénario de trois courts-métrages comme autant de variation sur un même thème.

Ainsi ce petit village sans histoire devient le théâtre où les jeux de l'amour et du hasard se rejouent plusieurs fois pour mieux en révéler toutes les composantes. À chaque fois Anne, une occidentale (Huppert donc!), séduit et se fait séduire par des hommes différents, se laisse aller à retrouver les plaisirs adolescents soudain revitalisés par l'air marin. On rit, on s'égare, on se retrouve, on se fait surprendre et finalement un certain tragique semble l'emporter car le jeu finit toujours par s'arrêter. Ce qui séduit également ici est l'absolue maîtrise de la mise en scène d'Hong Sang-soo qui, par le biais de zooms volontairement voyant, ne cesse de recadrer dans un même plan ces personnages et créé ainsi une dynamique live ahurissante. Ce procédé audacieux devenu marque de fabrique, lui permet surtout de suggérer habilement la confusion des sentiments et donc des genres. Il y a évidemment du Rohmer dans cette économie de moyens et cette puissance du regard qui touche d'autant plus qu'elle nous ausculte sans avoir l'air d'y toucher. Un des sommets de cette sélection.