Il est monté sur scène vêtu d'un t-shirt "I love Vincent [Bolloré]", clin d'oeil au patron de Canal+ qui retransmettait la cérémonie. François Ruffin a donné vendredi soir l'un des discours les plus politiques de la 42e cérémonie des Césars, en recevant celui du Meilleur film documentaire pour Merci Patron!.

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Contacté par L'Express, le réalisateur, figure de Nuit debout et rédacteur en chef du journal Fakir, explique qu'il "espérait" cette récompense. "C'est la reconnaissance de la profession, dit-il. Mais le plus beau César, c'était la reconnaissance du public l'année dernière, les gens qui ont projeté le film dans les cars en manif, notamment contre la loi travail, dans les salles publiques... Ce film été utilisé comme un outil destiné à ranimer l'espoir et c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux."

La statuette dans le camion-frites

La précieuse statuette l'accompagne désormais dans sa campagne pour les législatives -il est candidat dans la première circonscription de la Somme sous l'étendard "La Picardie debout"- à bord du "camion-frites" qui lui sert à sillonner le département. "On la balade avec nous, des gens viennent prendre des selfies avec", s'amuse-t-il.

Dans Merci Patron!, François Ruffin se met en scène en train d'aider un couple, les Klur, au chômage et criblé de dettes après avoir perdu leur emploi à la suite de la délocalisation en Pologne de l'usine du groupe LVMH qui les employait.

"Imaginons qu'on dise: 'demain, il faut délocaliser l'hémicycle à Varsovie. Immédiatement, y'aurait des débats à l'Assemblée nationale, y'aurait un projet de loi.' Ça fait quarante ans que ça dure pour les ouvriers, et y'a pas de projet de loi. Donc dans ce pays, y'a peut-être des sans-dents, y'a surtout des dirigeants sans cran", a-t-il taclé lors de la cérémonie, vendredi soir.

Un discours non préparé et qu'il tient peu ou prou devant tous les publics, "même si une retransmission en direct sur Canal+ devant un parterre de comédiens, ce n'est pas la même tonalité", admet-il.

"Le documentaire est là pour se confronter à la réalité"

En 2016, le César du Meilleur documentaire était allé au film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, qui recensait les initiatives de dix pays face aux défis environnementaux. Demain, Merci Patron!: des films didactiques et militants qui l'ont emporté face aux plus poétiques Fuocoammare sur la crise des migrants à Lampedusa, ou encore Le Bouton de nacre, documentaire sur l'histoire du Chili, en 2016.

Y voit-il une tendance actuelle des Césars à récompenser la veine engagée du documentaire français? "[Demain et Merci Patron!] sont complémentaires et je n'en fais pas une règle, mais le documentaire est là pour se confronter à la réalité, répond François Ruffin. Il y a de l'engagement dans la démarche, on ne peut en tout cas en faire sans qu'il y ait une part de social."