Un cow-boy dort en chaque cinéphile. Toujours prêt à dégainer, à monter sur un cheval, à piquer la Winchester 73 de James Stewart, à boire un whisky avec Dean Martin. Aimer le cinéma et se dire étranger au western me paraît d'ailleurs d'une incongruité totale. Totalement antinomique, même. Limite inconscient. Voire mensonger. Bien sûr que si.
Le western est tout. En majuscule. La mythologie et l'Histoire, la fin d'un monde et le début de la civilisation, le vent de la liberté et les pulsions de mort, le héros messianique et les Indiens enfin réhabilités. Le western dit tout du monde et de la passion, du réel et de l'imaginaire, de cette époque qui fit passer l'homme de ses instincts tribaux à la complexité du collectif. Bien sûr que si.
Cinéphile de fer et de velours, Quentin Tarantino se devait de passer par la case western, lui qui, depuis ses débuts, ne cesse d'exhumer et de retravailler le film de genre, à la fois archéologue rendant hommage aux anciens, et auteur contemporain conscient des mouvements du temps présent. Ainsi réadapte-t-il un genre américain à la sauce italienne - Django, de Sergio Corbucci - pour en faire une histoire politique d'aujourd'hui aux échos d'hier: deux ans avant la guerre de Sécession, un chasseur de primes allemand (Christoph Waltz, magnifique, au moins autant que son personnage) libère un esclave noir (Jamie Foxx, pète-sec) dont il a besoin pour mettre la main sur les frères Brittle, et lui apprend le métier.
Tarantino filme chaque scène comme si sa vie en dépendait. C'est un cinéaste de la jouissance et de l'évidence, un baroque devenu classique qui a su, également, plier son public à son esthétique délirante. Il pèche parfois par excès (une dernière partie moins flamboyante, car trop statique et trop bavarde), mais ces excès-là font partie de son je. Tarantino déborde de mots et d'images et cette générosité-là file une bonne claque aux poseurs de l'ascétisme prétentieux et vain. Les risques, c'est lui qui les prend. Bien sûr que si.
