A première vue, l'un ne se distingue pas de l'autre: des cowboys, des chevaux, des colts... Et pourtant, sous cette apparence extrêmement semblable, le western spaghetti prend le contre-pied de tous les codes du western tradionnel. Décryptage d'une déconstruction en six points.
1. La période
Du milieu des années 60 jusqu'à la fin des années 70, période de révolution culturelle et sociale profonde. Mais ayant depuis acquis ses lettres de noblesse, le genre est désormais régulièrement utilisé, même par touches, dans l'ensemble de la production cinématographique actuelle. Quentin Tarantino le premier n'a pas attendu Django Unchained pour rendre hommage à la cinématographie du western spaghetti dans ses films.
2. Les sujets
Le sang, le fric, le cul... Comme dans la vraie vie, voilà ce qui mène le monde du western spaghetti, à l'opposé des valeurs prônées par le western traditionnel, fondatrices de la nation US: la lutte du bien contre le mal, la conquête de l'Ouest américain par les cowboys -souvent chrétiens- sur les Indiens primitifs, le chevalier défendant la veuve et l'orphelin... Mais par le choix d'un sujet plus politique et engagé que la trinité évoquée plus haut, Quentin Tarantino se rapproche davantage du cinéma d'un des maîtres du genre, Sergio Sollima, que de celui de Sergio Corbucci, pourtant auteur du Django dont s'inspire -sans en être le remake- Django Unchained.
3. Le cadre
Tournés pour une très grande majorité dans les paysages arides du désert de Tabernas, à Almería, au sud de l'Espagne, les westerns spaghetti révolutionnent la façon de filmer: des cadrages originaux, souvent décalés, captent les paysages au très grand angle et alternent avec des plans très rapprochés, sur un colt, une botte ou -trademark entre toutes- des yeux. Pour l'anecdote, le procédé apparaît pour la première fois à l'écran dans un western traditionnel: Quarante tueurs de Samuel Fuller (1957). Parmi les plus grand réalisateurs du genre, les "3 Sergio" ont véritablement contribué à définir et imposer ce style: Sergio Leone (la trilogie des Dollars:Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le bon, la brute et le truand ), Sergio Sollima (Il était une fois en Arizona, Colorado) et Sergio Corbucci (Django, Les cruels).
4. La musique
Intimement liée au cadre et aux séquences, la musique imprime son rythme aux plans et donne au film et au genre une identité sonore extrêmement forte. Ennio Morricone ouLuis Bacalov, pour ne citer qu'eux (auxquel Tarantino rend régulièrement hommage en incluant leurs oeuvres dans ses bandes originales), imposent une rythmique lente et puissante. Certains réalisateurs, tels que Sergio Leone, attendaient de connaître la musique avant de décider de la structure des plans et des séquences. Un procédé également utilisé aujourd'hui par Tarantino. Mieux, Leone passait la bande originale de Morricone sur le plateau au moment de tourner pour que les acteurs soient parfaitement en rythme.
5-L'anti-héros
Exit le beau gosse propre sur lui au sourire ultra-bright et à la morale irréprochable, le héros de western spaghetti est affreux (ou presque), sale et s'il n'est pas méchant, il n'est résolument pas gentil. Sans foi, ni loi, explicitement mysogine (là où le western traditionnel l'était de façon plus sous-entendue), individualiste et grossier, il est en cela beaucoup plus en phase avec la réalité de son temps -et finalement plus sympathique- que le cowboy traditionnel. Il sera incarné par un casting tout aussi européen (Franco Nero, Gian Maria Volonté, Terence Hill...) qu'américain (Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Charles Bronson...)
6. L'humour
Décalage. Irréverence. L'outrance assumée et revendiquée de l'action, des dialogues et de la réalisation elle-même, crée la connivence avec le spectateur qui comprend immédiatement la référence évoquée par le réalisateur et la déconstruction qui en résulte. Sur le tard, une autre forme de western spaghetti, plus potache, se développera, avec la série des Trinita notamment, mais les puristes ne parlent déjà plus, ici, de l'humour propre au genre.
