Un aérodrome ! Il n'en faut pas moins pour abriter la saga d'Harry Potter. Quand on pénètre dans l'enceinte bien gardée des studios de Leavesden, situés à 30 km de Londres, la première chose qui frappe, c'est le gigantisme du lieu. De l'espace à perte de vue? 300 000 m2 où sont dissimulés, çà et là, dans des enclos murés par de hautes palissades, les décors les plus incroyables. Ici, on aperçoit les tribunes du stade de Quidditch ; plus loin la maison des Weasley ; à gauche, l'entrée massive de l'école de Poudlard ou encore l'allée de Privet Drive où Harry vit avec son oncle et sa tante. Mais le plus impressionnant, c'est le Poudlard Express, un vrai train tout rouge qui emmène chaque année les élèves vers l'école. "Au fil des années, nous avons construit les lieux que demandait chaque épisode, explique une chargée de la production qui m'accueille. Mais nous n'avons jamais rien détruit car il nous était impossible de savoir ce que J.K. Rowling allait écrire par la suite et ce que nous aurions besoin de réutiliser."
C'est donc dans cette ancienne usine de moteurs Rolls Royce qui fournissait l'armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale que Harry Potter a établi son QG depuis huit ans. Les anciens hangars hébergent, eux, les décors intérieurs. Chaque plateau est fermé à clef pour éviter que des importuns ne viennent subtiliser quelques objets en souvenir. Le plus ancien ? et le plus surveillé ? est le Grand Hall de Poudlard où les 350 élèves de l'école de sorcellerie prennent leurs repas. Sitôt les grandes portes en bois ouvertes, on est saisi par l'authenticité du lieu : les hauts murs de pierre imposent le respect, les tables en bois sont usées par le temps, les flambeaux sont noircis de suie, chaque accessoire ? coupe, chaise, emblème ? paraît venir d'un autre siècle. Seul le plafond tendu d'un écran vert ? pour symboliser le changement de météo ? nous rappelle que nous sommes dans un décor de cinéma. Difficile cependant d'imaginer que nous sommes sur le plateau de l'une des plus grosses productions du monde. Et aussi l'une des plus secrètes. C'est d'ailleurs la première fois qu'un journaliste est autorisé à pénétrer sur le plateau de Harry Potter et le prince de sang mêlé alors que le tournage a commencé depuis le mois de septembre 2007.
Aujourd'hui, c'est le 130e jour ! Toute l'équipe est rassemblée sur un petit pont de pierre ? construit pour l'occasion ? censé relier le collège au pub des Trois Balais. Il est couvert de neige (artificielle). De minuscules confettis blancs tombent des cintres. Un énorme ventilateur pulse de l'air chaud. Au sol, de petites marques discrètes indiquent aux acteurs leurs positions. Le chef opérateur français, Bruno Delbonel (collaborateur de Jeunet sur Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles), règle les derniers détails avec David Yates, le metteur en scène. "Moteur", hurle le premier assistant. "Ça tourne", répond l'ingénieur du son au-dessus du vacarme des machines. "Action !" murmure David Yates posté à côté de son combo. Le nouveau professeur de Potions, Horace Slughorn, un vieil homme qui aime se faire voir en compagnie de célébrités (qu'interprète Jim Broadbent), invite Harry Potter à son cocktail de Noël. "C'est une expérience unique, avoue le vétéran. Comme la saga a du succès depuis plusieurs années, on n'a pas la sensation d'être sur un de ces blockbusters où chacun s'angoisse sur l'énormité du budget ! Je n'avais jamais vu une telle confiance sur un projet de si grande envergure."
À ses côtés, Daniel Radcliffe (19 ans), Rupert Grint (20 ans) et Emma Watson (18 ans), les trois "enfants" sorciers approuvent en experts aguerris. Eux, la saga, ils la biberonnent depuis l'enfance. Il est frappant de voir à quel point ils ressemblent à leurs personnages : Rupert Grint est aussi frivole que Ron. Il a lâché l'école dès 16 ans. Son premier cachet, il l'a dépensé en achetant une table de ping-pong et un billard pour se détendre dans sa loge. Emma Watson est aussi bonne élève qu'Hermione. Une fois son bac en poche, elle prendra une année sabbatique avant de s'inscrire à l'université. Toujours concentrée, elle s'énerve souvent contre les garçons, plus indisciplinés. "Bien sûr, il y a eu des frictions entre nous, avouent-ils. Mais qui ne s'est jamais disputé avec un ami d'enfance ?" Plus étonnant encore, Daniel Radcliffe. N'importe quel ado aurait disjoncté devant tant d'argent et de célébrité. Pas lui. Simple, la tête sur les épaules, il est même l'un des seuls à apprécier l'atmosphère confinée des studios de Leavesden, où il lui arrive de rester six mois d'affilée. Sur le plateau, il ajoute à chaque prise une nuance dans son jeu. Là, il accentue la notion de froid en fourrant les mains dans ses poches. À la suivante, il privilégie l'impatience en remuant les jambes. Le réalisateur approuve en souriant. Comme si, tel son personnage, il était en mission. Et si c'était ça, le secret de la réussite d'Harry Potter : trois ados tombés du ciel qui donnent vie à de mythiques personnages de papier.