Parfois, ça vient de loin. Et même n'importe comment. Voilà un film dont l'histoire semble avoir été imaginée sur un coin de table par des gens si différents que tout aurait dû partir en vrille au bout de trois coups de crayon.
Un réalisateur inexpérimenté, une intrigue qui avance à contre-courant, deux antihéros, glandeurs parfaits obligés d'écrire un rap en vingt-quatre heures, un décor de canapé avachi, de béton et de centre commercial, Caen et sa région, des vannes alignées en rang d'oignons, une vie dessinée en ennui à bonnet, un titre en forme de pas grand-chose. Comment c'est loin. Effectivement. Le pire, c'est que le colis est bien arrivé. Sans casse. Et plutôt joli à regarder.
Ni angélique, ni militant
Orelsan, rappeur cinéphile et de talent, est à l'origine du projet avec son pote Gringe. Tout est parti d'un album quasi autobiographique sur deux jeunes rappeurs en galère. Orelsan écrit, joue et réalise; Gringe joue et envoie des textos; Christophe Offenstein, chef op de renom, est chargé de mettre de la colle pour que ça tienne. A force de marcher à petits pas, Comment c'est loin devient un film modeste, désirable et sincère.
Mais la réussite n'est pas seulement due à tous ces contraires qui s'attirent et s'aimantent. Cette vision très contemporaine d'un morceau français, républicain, tolérant, râleur, multi et culturel, n'a rien d'angélique. Pas plus qu'elle n'est militante. C'est la France, point. Un instantané de là-bas. Pas si loin, pas si proche. Mais qui sent le rap, la terrine, la grand-mère aux joues fraîches, l'hôtel 2 étoiles et les histoires d'amour. Nourri de cinéma et artiste de la rime, Orelsan filme la vie comme elle vient à lui sans cette désagréable posture d'auteur consistant à jeter en pâture je ne sais quelle théorie métaphysique débile.
Le cinéma n'est pas universel, jamais, ni chez Bergman ni chez Ford, et il est toujours plus juste lorsqu'il témoigne du monde en regardant le paillasson. Un mot qu'Orelsan fait rimer avec évasion. Et moi avec chapeau - mais ça marche moins bien.
