Lorsqu'un film ronronne dans son insuffisance, il reste la mise en scène. Andrew Dominik -L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford- qui n'est pas manchot, nous gratifie ainsi de deux ou trois scènes planantes dont l'une, chorégraphiée au possible, vaudrait presque à elle seule le déplacement. On y voit un Ray Liotta se faire dézinguer façon puzzle dans sa voiture à coup de ralentis envoûtants et de verres brisés. Dominik vient aussi du clip. Il est question ici d'un règlement de comptes entre truands sur fond de crise économique. Ainsi les discours de Bush en fin de règne et d'Obama vantant son :"Yes we can!" -nous sommes en 2008!- apportent une touche ironique à l'affaire et affirment une vision désabusée du cinéaste australien. Dans une tirade finale Brad Pitt, se moquant de Jefferson, dément même ouvertement l'idée d'une Amérique solidaire.

Au pays de l'oncle Sam, on ne peut compter que sur soi. Le cinéma de genre ne dit pas autre chose depuis des lustres, mais venant de la bouche de Brad, c'est plutôt plaisant. L'ensemble se heurte toutefois à ses propres limites -trop nombreuses pour toutes les citer!- à commencer par l'inévitable comparaison avec le cinéma des Coen et de Tarantino dans cette façon de jouer les codes avec la série B. Malheureusement, les dialogues manquent de jus et les personnages, de coffre. Il faut dire que la déprime ronge tous les pores de ces individus comme jadis dans L'assassinat Jesse James. James "Tony Soprano" Gondolfini enfonce d'ailleurs le clou dans une parodie de lui-même pas très belle à voir. Preuve s'il en est de, l'autosuffisance qui menace ce cinéma là!