Les César, c'est un peu comme la prévention routière: il faut qu'il y ait un accident pour que des mesures soient prises. En 2010, Tahar Rahim remportait, pour Un prophète, le césar du Meilleur espoir ET celui du meilleur acteur. Après quoi, le conseil d'administration de l'Académie des arts et techniques du cinéma décidait de supprimer la possibilité pour un comédien d'être nommé dans les deux catégories. Il y a fort à parier qu'en 2015, une décision similaire s'applique aux longs-métrages.
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Car tout le monde est heureux pour le sacre de Guillaume Gallienne, cinq César pour Les Garçons et Guillaume, à table !, mais une fois arrivés au VIP Room pour La Party organisée par l'incontournable Albane Cléret (grande ordonnatrice des fêtes cinéma), les professionnels de la profession s'étonnaient tous de cet étrange doublon César du meilleur film + César du meilleur premier film. Il est vrai que l'un induit forcément l'autre. On appelle cela une redondance.
On peut aussi appeler cela un règlement de comptes. Car enfin, personne n'est dupe: cette année encore, les membres de l'académie n'ont pas voté pour, mais contre. De la même manière qu'en 2010, le but était de voter contre Vincent Lindon (nommé pour Welcome) qui ne manque jamais de dire ce qu'il pense, il s'agissait cette fois de tacler Abdellatif Kechiche, metteur en scène de La Vie d'Adèle, sans doute moins pour ses méthodes draconiennes avec ses comédiennes, que pour ses bisbilles avec les techniciens. Le genre de querelle qui ne pardonne pas, surtout quand le film est une Palme d'or unanimement saluée.
De la scission dans l'air
Alors, pour la peine, on fait fi de ses yeux et on écoute son coeur. On aime Guillaume Gallienne et on le lui fait savoir. Quitte à en faire trop. Et puis, pour faire bonne mesure, on choisit, pour le césar du meilleur réalisateur, une valeur refuge comme Roman Polanski, pour La Vénus à la fourrure qui n'est surement pas son meilleur film -mais pas son plus mauvais. Un Albert Dupontel pour 9 mois ferme aurait été plus audacieux (et mérité), mais on se dit que le césar du scénario lui suffira bien. Et puis il a Sandrine Kiberlain comme meilleure actrice, alors...
Alors les réjouissances nocturnes furent à l'image de la cérémonie : en dents de scie. A La Party, si beaucoup de césarisés étaient tout à leur bonheur, à commencer par Sandrine Kiberlain, "surtout heureuse que les gens soient tellement contents pour [elle]", quelques invités notables manquaient à l'appel, comme l'équipe de La Vie d'Adèle, carapatée au restaurant du Panthéon avec celle de Jimmy P d'Arnaud Desplechin. "On peut les comprendre, déclarait un important investisseur. Si les membres de l'académie leur tournent le dos, il n'y a pas de raison qu'ils fassent la fête avec eux." Sauf que ces absents sont eux aussi membres de l'académie... Il y a donc de la scission dans l'air. Comme souvent dans une famille -le cinéma en étant une, comme chacun sait.
A propos de famille justement, concluons sur un souhait : qu'elle s'agrandisse en accueillant en son sein Stéphane de Groodt. Après son si drôle discours de remettant, on s'est pris à rêver d'une présentation de la cérémonie par lui et Cécile de France. Ainsi, l'humour et la grâce piloteraient la 40e cérémonie des César. Sans sorties de route ni de collisions absurdes.
