Il y a des évidences. Des comédiennes dont on sait, dès leur première apparition, qu?elles sont faites pour un métier qui ne pourra plus se passer d?elles. Sophie Marceau dans La boum, Sandrine Bonnaire dans Sans toit, ni loi, Sara Forestier dans L?esquive, Hafsia Herzi dans La graine et le mulet. Et? Louise Bourgoin dans La fille de Monaco. En cagole du Sud vampant un grand avocat parisien (Fabrice Luchini), elle livre une prestation emballante, tant par sa justesse que par son aisance à habiter ce rôle physique, telle Adjani faisant tourner la tête de Souchon dans L?été meurtrier.

Destinée à devenir peintreAnne Fontaine éclaire ici superbement la partie immergée d?un talent, dont on ne connaissait que celle, émergée, de délirante Miss météo dans Le grand journal de Canal+. "Mes rêves de petite fille ne m?entraînaient pas vers les plateaux de cinéma", avoue-t-elle avec ce sourire craquant et timide qui contraste avec l?exubérance de ses numéros. Son désir, c?était plutôt le dessin. "J?ai toujours dessiné. Mon grand-père était peintre, mon arrière-grand-père aussi. Je m?imaginais en train de créer des BD ou peindre des grands tableaux." Mais quand elle décroche son diplôme des beaux-arts de Rennes, tout bascule. Pour gagner sa vie, elle commence un métier alimentaire : animatrice télé. Elle débute dans Kawai sur Filles TV. Et se régale plus qu?elle ne l?aurait cru. "Je me suis épanouie dans cet exercice qui me procurait des petites jouissances immédiates alors qu?aux beaux-arts, je mettais trois mois à créer une peinture devant laquelle je finissais toujours un peu frustrée." En entrant à Canal+ en 2006, son plaisir se confirme : "écrire ses textes et faire des sketches, c?est aussi une expression artistique."

Louise n?est pas la seule à savourer ses prestations. Fabrice Luchini, invité de l?émission, goûte son ton décalé et insolent. Et parle d?elle à son amie Anne Fontaine, alors en plein casting. Celle-ci lui fait passer ses premiers essais cinéma et lui confie le rôle. "Le fait d?avoir à jouer une présentatrice météo alors que j?ai envie qu?on me voit différemment m?a fait un peu peur. Mais Anne m?a rassuré en m?expliquant que ce personnage n?avait rien à voir avec le mien sur Canal." Elle redoute aussi, et peut-être surtout, que le public trouve "son personnage tellement idiot qu?il ne s?y attache pas". À l?écran, le résultat est tout autre. L?ambiguïté du personnage ? vraie cagole ou manipulatrice arriviste ? ? donne tout son sel au film. "Pour en arriver là, j?ai voulu la rendre drôle malgré elle et j?ai beaucoup travaillé sur le choix des costumes. Plus vulgaires et exubérants que les premiers envisagés. J?ai même indiqué un magasin pour danseuses du Pink Paradise pour dénicher mes robes du film."

Un agenda bien rempliLa possibilité de bâtir son personnage ? dont le physique, à la fois avantageux et provocateur, est une donnée essentielle ? a aidé Louise à ne jamais ressentir d?appréhension une fois sur le plateau de tournage. Et puis, tout le monde l?a bien aidée à faire ses premiers pas. "Fabrice Luchini et Roschdy Zem, mes partenaires, ont été un soutien constant. Entre janvier 2007, date où j?ai été choisie, et septembre, date du premier clap, j?ai vu Anne au moins une fois par semaine pour des répétitions de danse, des cours de scooter, des réadaptations de scènes avec mes mots. J?ai été archicoachée." Un autre élément, non voulu celui-là, a participé à l?aisance de Louise. "Comme le projet a été légèrement décalé, je suis partie retrouver le plateau chaque nuit dès la fin du Grand journal sur vingt-cinq de mes trente-cinq jours de tournage. J?ai donc joué dans un état d?épuisement grandissant. J?appréhendais cette situation mais Fabrice m?a expliqué que Michel Bouquet lui avait dit qu?un comédien n?était jamais meilleur que dans la fatigue, car il s?abandonnait plus en étant épuisé. Tourner dans cet état vous empêche d?être gangrené par le doute. Il n?y a pas de place pour ça."

Sur le plateau, Louise modifie aussi son rapport à la caméra : "À Canal+, je dois regarder la caméra pour être le plus explicite possible, quitte à en rajouter. Au cinéma, il faut s?abandonner et sentir la caméra tout en l?oubliant pour être le plus naturel possible." Naturelle, elle l?est à l?écran où, en une seule apparition, elle s?ouvre un boulevard : avec un rôle sollicitant tout le corps, les comédiennes qui s?en tirent comme elle avec les ­honneurs, sont rares. Elle, se juge plus sévèrement : "De dos, je ressemble à un travesti !" Disons qu?on est rarement le meilleur juge de soi-même. Et d?autres ont déjà craqué pour elle. Laurent Tirard la dirigera en fleuriste dans une scène du Petit Nicolas. Emma Luchini, la fille de Fabrice, en fera l?une des héroïnes de son road movie, Sweet Valentine. Puis elle jouera une gothique suicidaire pour Gilles Marchand (Qui a tué Bambi ?). Parallèlement, pour lier ses passions, elle cosigne avec Loïc Prigent deux émissions sur l?art contemporain que diffusera Canal+, à laquelle elle restera fidèle. "Je suis une fille raisonnable", commente-t-elle. Ce qui n?empêche pas les grains de folie. Et de génie.